S’informer et apprendre sur Internet : objectif impossible ? - Le Lumière

S’informer et apprendre sur Internet : objectif impossible ?


Il y a quelques semaines je rendais visite à mes grands-parents dans le Sud, près de Montpellier, pour les fêtes de fin d’année. J’ai eu l’occasion de discuter avec mon cousin de quatorze ans que je n’avais pas vu depuis plusieurs années.

Nous en sommes venus à parler de nos passe-temps et il m’expliquait que, comme moi à son âge, il découvrait Internet et regardait beaucoup de vidéos sur YouTube (et probablement sur d’autres sites, mais je ne veux pas le savoir). N’ayant moi-même jamais décroché de ce réseau social, que je trouve être un bon exemple de ce qu’Internet a pu offrir de meilleur jusqu’ici, je me suis permis de lui conseiller certaines chaînes que je trouve intéressantes et qui auraient certainement pu lui apprendre quelques trucs. Il m’a répondu qu’il préférait ne pas s’informer sur Internet, ou simplement essayer d’y apprendre quelque chose

« On ne sait jamais d’où ça vient », ou quelque chose comme ça, qu’il me disait. Ah bon ? Vraiment ?

J’ai alors essayé de le convaincre que si, on peut faire une démarche de vérification de l’information sur Internet. Par exemple avec l’onglet « description », en dessous des vidéos YouTube, qui permet à l’honnête et valeureux vidéaste de partager ses sources que l’on peut alors aller consulter et examiner. Mais aussi tout simplement avec un moteur de recherche, de la bonne volonté et de la prudence critique.

Il me semble que sa réticence était clairement influencée, comme tout un chacun à son âge, par le discours parental et scolaire que nous avons tous entendu plus jeunes. Très bon élève, les discours de sensibilisation à Internet et à ses dangers entendus à l’école n’avait dû avoir que plus d’effets sur lui. Pas non plus du genre à remettre en question l’autorité parentale, il y a de grandes chances que les mises en garde des parents, craignant (légitimement) un danger pour leur enfant, ne soient pas tombées dans l’oreille d’un sourd.

La face cachée d’Internet

Il n’est absolument pas question ici, dans ce plaidoyer un peu nul d’un gars qui raconte sa vie, de nier l’existence de réels dangers sur Internet, en particulier pour les plus jeunes ou les néophytes de tout âge (n’est-ce pas, mamie ?) ; arnaques, chantage, insultes, humiliations, et bien-sûr désinformation (FAKE NEWS !), etc.

J’aimerais simplement faire l’éloge de l’esprit critique et de l’honnêteté intellectuelle qui ne cessent de croître sur Internet et qui en représentent, selon moi, la face cachée, celle dont on n’entend pas parler, ou pas assez. On peut prendre pour exemple ces dizaines de chaînes YouTube de vulgarisation scientifique et/ou critique qui apparaissent aujourd’hui : E-penser, DirtyBiology, Defakator, Mr. Sam, Le Stagirite, Les revues du Monde, AsronoGeek, Horizon-Gull

Toutes ces chaînes (et beaucoup d’autres) ont pour points communs leur rigueur, leur honnêteté et leur volonté d’offrir une information claire et valable, en toute transparence, sur des sujets divers (physique, astronomie, biologie, sociologie, psychologie, politique, phénomènes de société, etc.).

Il n’est évidemment pas question de les sacraliser, ou de vouer un culte en leur nom. Cela serait fondamentalement contre-productif en matière de « recherche de vérité » ; sacraliser une parole empêche de la remettre en cause. Or, toutes ces personnes ont déjà fait au moins une fois une erreur sur une information qu’elles partageaient dans leurs vidéos ; elles ne sont pas infaillibles (et c’est bien normal !). Leur parole peut et doit être remise en question par la communauté. Leur but n’est d’ailleurs pas de prêcher la bonne parole mais d’aiguiser l’esprit critique des viewers pour créer un espace social plus rigoureux, plus honnête, plus collaboratif. En un mot, moins « obscurantiste ».

En s’armant ainsi d’un esprit critique et sceptique, on peut faire de ces plateformes d’échange d’information de véritables recueils de connaissances, accessibles à tous. Dans cette logique, au-delà de YouTube et des réseaux sociaux tels que nous les connaissons aujourd’hui (et qui sont voués à évoluer, en bien mais aussi en mal), c’est Internet en général qu’il est possible de transformer en une agora géante où seraient débattues dans le respect de la science (et de ses semblables !) les questions de société, dans une volonté d’échange de savoirs, de critique et d’auto-critique.

Vers une utilisation scientifique et démocratique…

Le but n’est donc pas simplement de pouvoir réfuter les « théories du complot » les plus saugrenues (Terre plate, pyramides d’origine extra-terrestre, etc.) mais surtout de créer un espace en commun d’échange et d’honnêteté intellectuelle, plus que jamais nécessaires à nos démocraties contemporaines.

Dans un monde où nous sommes sans cesse assaillis d’images et d’informations (souvent ni très honnêtes, ni totalement désintéressées) qu’il est difficile d’intégrer et d’assimiler seul, isolément, il est nécessaire que, tous, nous nous emparions, armés de notre bonne volonté et de notre esprit critique, du pouvoir de discuter, d’échanger, de critiquer, de décider… Nous en avons aujourd’hui les moyens. Mais, comme vu plus haut avec l’exemple (Ô combien pertinent) de mon cousin, les craintes fondées mais démesurées vis-à-vis de l’accès à l’information et à la culture sur Internet sont, encore aujourd’hui, monnaie courante (en témoigne également la loi adoptée en octobre dernier par le parlement pour lutter contre les fake news).

Je sais cependant que je ne m’adresse pas ici au public le plus réfractaire, que beaucoup d’entre vous sont bien habitués à utiliser Internet pour échanger, faire des recherches, s’informer, apprendre (ne serait-ce qu’avec notre cher Wikipedia) mais je voulais retranscrire concrètement l’espoir que je place dans Internet et dans son fort potentiel en énergie démocratique.

En matière de sciences et de savoirs, comme en matière de démocratie, le plus important c’est d’apprendre le chemin : une méthode rigoureuse, critique et collective ; et non d’espérer atteindre un but ultime : une vérité objective et immuable que tout bon politicien ou prêcheur prétend détenir mais qui nous restera, en pratique, à jamais inatteignable.