Pourquoi les étudiants étrangers ne manifestent pas - Le Lumière

Pourquoi les étudiants étrangers ne manifestent pas


Le 19 novembre dernier, le premier ministre Edouard Philippe annonce l’augmentation des frais d’inscription des étudiants étrangers non-européens dans l’enseignement supérieur.

Alors que l’étouffement financier des universités est méthodiquement planifié depuis des années par nos dirigeants successifs, le Premier ministre a présenté l’augmentation des droits de scolarité des étudiants étrangers comme une nouvelle source de financement pour l’enseignement. Nouveau concept au sein de la classe dirigeante : les étudiants doivent payer eux-même leurs formations.

Dans le cadre d’un reportage sur les étudiant.es étranger.es – qui sera publié dans son intégralité dans quelques semaines-, nous en avons rencontré quelques un.es qui sont concerné.es par cette réforme.

La mobilisation qu’a suscité l’annonce de cette réforme semble plutôt unilatérale. Finalement, que peu des étudiants concernés concrètement se mobilisent. Le mouvement de protestation est essentiellement porté et soutenu par des étudiants français.

Pourquoi les étudiants étrangers ne se mobilisent pas davantage ?

Nous avons demandé les raisons de cette quasi-absence de mobilisation de leur part. Voici leurs réponses.

Par souci d’anonymat, les prénoms ont été changés.

Jamal, étudiant mauritanien en licence d’économie : « Souvent, on estime – à tort ou à raison – qu’on a pas le droit de manifester, qu’on n’est pas légitime. Notre statut est fragilisé, du simple fait que nous soyons étrangers. Nous sommes fortement marginalisés. Si demain, je vais manifester, je ne sais pas ce qui peut m’arriver, surtout dans le contexte actuel. »

Ivanna, étudiante ukrainienne, développe sur ce point : « Maintenant, les manifestations dégénèrent constamment. Je ne veux pas, et ne peux pas, me retrouver au milieu de ça. Je suis étrangère, s’il y aura des problèmes, je ne veux pas être mêlée à tout ça. J’ai peur. J’ai peur qu’on appelle la police. »

Adrian, étudiant originaire de Russie, nuance un autre point de vue : « Je n’étais pas vraiment au courant des mobilisations. Je suis toujours allé à de nombreuses manifestations. En Russie j’allais beaucoup à des manifestations contre le gouvernement, ce qui interdit normalement … Si j’avais su, je pense que j’y serai allé ! »

Adrian est étudiant à l’Université Lyon 3, et il évoque avec déception l’absence totale de mobilisation dans son université, à la fois de la part des étudiants, mais aussi du personnel et de la présidence.

La sélection des étudiants étrangers : selon quels critères ?

En opérant une sélection par la finance, c’est une sélection par pays qui s’opère. Dans des pays où le SMIC dépasse à peine les 200 euros, comment un étudiant lambda pourra débourser plus de 2000 euros ? Dans la gare de triage de la sélection, c’est moins « l’excellence » – selon les dires d’E.Philippe – qui prime, mais plus l’argent.

Les propositions annoncées par le premier ministre semblent surtout avoir vocation à faire le tri dans le groupe de ceux qui viennent traditionnellement. Une sélection par pays finalement, selon leur santé économique et leur niveau de vie.

Un au-revoir aux étudiants africains

En mars dernier, Macron explicite clairement quels pays il considère comme plus « attractifs », et comme devant être prioritaires dans la sélection pour l’accès aux universités françaises. « Étudiants indiens, russes, chinois seront plus nombreux et devront l’être. ».

L’Afrique, elle, n’est pas évoquée. Ce continent semble pourtant le plus présent dans les universités françaises. Selon Campus France, globalement, 45 % des étudiants étrangers présents en France sont originaires du continent. Difficile de parier qu’il en sera de même, demain, avec l’augmentation des frais d’inscription qui s’annonce.

#BienvenueEnFrance qu’ils nous disent.

Faire face à des réalités

Ce n’est pas une nouveauté, l’Université a besoin de financements. Cette année, à l’Université Lyon 2, plus de mille étudiants sont acceptés, mille étudiants en plus par rapport à l’année 2017. L’Université n’a pas eu de financement supplémentaire de la part du ministère.

Face à la précarisation de l’enseignement supérieur, le constat de la classe dirigeante est clair : faible avec les forts, fort avec les faibles. Actuellement, les universités n’ont pas les moyens d’accueillir les bacheliers supplémentaires qui arrivent et qui vont arriver dans les années à venir. Démographiquement, il n’y a aucun doute, ça va continuer à augmenter, et on le sait depuis une vingtaine d’années. Face à cela, la réaction du ministère est faible, et le budget alloué à l’éducation n’augmente que faiblement, voire pas du tout.

Jusqu’à quand ?