Pénalisation de l'antisionisme : un amalgame qui menace la démocratie ? - Le Lumière

Pénalisation de l’antisionisme : un amalgame qui menace la démocratie ?


Alors que des marches contre l’antisémitisme sont prévues dans toute la France cette semaine, un dangereux amalgame, entre antisémitisme et antisionisme, tend à se populariser.

« Sale juif » C’est en ces mots que des gilets jaunes, au cours d’une manifestation, ont invectivé le philosophe juif Alain Finkielkraut alors qu’il se rendait aux locaux de LCI, selon le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux.

De son côté, le principal intéressé nie avoir entendu cela. Effectivement, s’il reconnaît avoir reçu des insultes et des menaces de mort, il affirme ne pas avoir été traité de « sale juif », mais de « sale sioniste ».

Quelle différence ? Si l’antisémitisme est le rejet de la religion juive, et a donc un caractère raciste et inacceptable, l’antisionisme est l’opposition à l’institution qu’est l’état d’Israël. Il s’agit donc d’une idéologie politique. « Sale sioniste » est donc aussi grave que « sale coco » ou « sale facho ».

Mais pourquoi le porte-parole du gouvernement a-t-il affirmé cela ?

Diviser pour mieux régner

On peut aisément supposer que, dans un contexte de crise sociale, le gouvernement, ou tout du moins l’élite dirigeante, a tout intérêt à diviser le peuple en attisant la haine des uns sur les autres.

Ainsi, même si les rangs des gilets jaunes grossissent semaines après semaines, actes après actes, le clivage pro et anti gilets jaunes demeure au sein des français. Et c’est ainsi que, en voulant amplifier ce clivage afin d’affaiblir le mouvement, Benjamin Griveaux déclare avoir entendu « sale juif ». Si certains gilets jaunes ont pu prononcer ces insultes, alors tous les gilets jaunes le peuvent. Et si tous les gilets jaunes le peuvent, alors les gilets jaunes sont antisémites. L’amalgame est facile, d’autant plus que les termes antisioniste et antisémite sont souvent mélangés et mal compris par les gens.

En tout cas, cette idée d’attiser la haine pour diviser le peuple, Aude Lancelin, directrice du Média, est la première à l’avoir remarqué et dénoncé sur Twitter où elle interpelle le porte-parole du gouvernement en lui reprochant d’avoir inventé ces insultes.

Par la suite, Libération, puis d’autres journaux à leur tour, ont appuyé et soutenu les propos d’Aude Lancelin.

Vers une pénalisation de l’antisionisme

Mais cet amalgame entre antisionisme et antisémitisme va plus loin qu’une simple volonté d’affaiblir un mouvement social.

Effectivement, un groupe de députés, avec à sa tête le député LREM Sylvain Maillard, a soumis une proposition de loi visant à punir l’antisionisme au même titre que l’antisémitisme.

Comme dit précédemment, l’antisionisme est idéologique et politique. Ainsi, si l’antisionisme devenait un délit, alors donner son opinion au sujet du conflit israélo-palestinien (par exemple) pourrait devenir périlleux.

Il est évident que l’arsenal juridique actuel permet de punir une personne qui prononcerait « sale sioniste » à la place de « sale juif ». On peut compter sur la capacité de discernement de la magistrature pour requalifier les termes. C’est aussi ce que semblait penser le président de la République, Emmanuel Macron, qui avait abondé en ce sens ce mardi 19 février lors d’une conférence de presse, avant faire machine arrière le lendemain.

En effet, le 20 février, Emmanuel Macron a annoncé lors du dîner annuel du Crif que l’antisionisme allait prochainement être intégré à la définition juridique de l’antisémitisme.

Finalement, si cette loi venait à passer, la liberté d’expression s’en verrait meurtrie. Dans un pays qui voit déjà passer une loi qui impose aux enseignants un « principe d’exemplarité » derrière lequel se cache une interdiction de donner son opinion sur l’institution scolaire, sous peine d’être révoqué, cela devient inquiétant.