Les médias indépendants : une alternative à la post-vérité ? - Le Lumière

Les médias indépendants : une alternative à la post-vérité ?


Être journaliste en 2019, c’est avant tout faire passer SON message avant LE message, la forme avant le contenu, les idées avant les faits : une objectivité gommée par la marchandisation de l’information et les positions politiques du gratin médiatico-intellectuel parigot : une poignée d’individus que moi, vous, tout le monde, ne connaissons pas, et qui nous dicte leur vision de la société. Les médias traditionnels sont-ils encore légitimes à ce degré de manipulation ?

Si cela vous avait échappé, 10 milliardaires contrôlent 89% du système médiatique français. Un fait qui pourrait rester sans incidence à première vue, si la pensée de ces ultra-riches ne viendrait pas influencer le contenu des médias. Le journaliste ou le présentateur télé censé de prime doit expliquer le monde à son public tout en étant restreint quant à la diffusion d’une idéologie. Bolloré se sent menacé par un documentaire sur le crédit mutuel ? Il n’aura qu’à passer un coup de fil aux opérateurs télés pour enlever l’émission douteuse du programme de France 3. Tout ce qui ne rentre pas dans la logique de ces dirigeants milliardaires est rejeté systématiquement à travers une violence d’ordre symbolique exercée à l’encontre d’idées dissidentes aux leurs. Et notamment à travers un important travail de classification. Vous cherchez avec désespoir des sources fiables ? Le Monde vous fera part avec amour du Décodex, un moteur de recherche dont la tache est de trier les médias fiables ou non, toujours selon la perspective du Monde, bien entendu.

On en redemanderait…

Une chose que nous pouvons d’ores et déja constater avec l’analyse de Décodex est qu’une majorité des sites mis à l’index sont des supports médiatiques indépendants ou étrangers. De nombreux médias alternatifs sont ainsi qualifiés de conspirationnistes tels qu’Agora Vox, Agence Info Libre ou Les Crises. Et ce, même si un article d’Agora Vox qualifie le conspirationnisme de  » danger pour l’esprit », et que Les Crises est un pure-player avec des articles traitant en grande partie d’analyses politiques à l’échelle internationale. Il s’agit donc de faits précis à la différence d’autres médias indés que l’on pourrait remettre en question comme Panamza ou Les Moutons Enragés, aux tons plus « complotistes », littéralement. Et pourtant, l’étude de ce moteur de recherche est présente dans les programmes scolaires au lycée : c’est mesurer l’hypocrisie et le mensonge dans laquelle tous nous baignons.

Les relations entre médias traditionnels et alternatifs ont souvent été sources de tensions. Les premiers souhaitant museler les seconds pour leurs opinions déviantes et parfois par les scandales médiatiques qu’ils révèlent au grand public. En témoigne assez récemment la fouille des locaux de Médiapart après les révélations des conversations entre Alexandre Benalla et Vincent Crase.

Faut-il alors privilégier la lecture de médias avec un format économique différent, détaché de tout merchandising de l’information ? Car l’enjeu d’un journalisme 2.0 est avant tout économique : il s’agit d’échapper à un système médiatique pyramidal pour retrouver la liberté d’informer et d’être informé ainsi que d’enrichir notre vision de la société avec des opinions plus minoritaires. On peut aller encore plus loin et avoir un regard critique envers ces médias alternatifs et envers leurs sources. Ainsi, ne confondons pas Boulevard Voltaire et Réseau Voltaire International : le premier se réclame de l’extrême droite ménardiste tandis que le second est très axé sur l’actualité Internationale.