« La liberté pour moi c’est avoir le choix. » Seana Gavin - Le Lumière

« La liberté pour moi c’est avoir le choix. » Seana Gavin


Les SP23, les anciens membres du Spiral Tribe Sound System séparé en 1996, font un retour triomphant en 2019 lors d’une tournée dans toute la France pour leur nouveau disque. Seana Gavin, une artiste américaine, a passé son adolescence dans les années 90. Elle revient sur cet univers underground et nous livre ses photos et documents d’archive les plus intimes dans une exposition à Paris.

Seana Gavin
  • INTERVIEW –

Bonjour Seana !

Tout d’abord, parle-moi de toi, de ton histoire.

Salut Charlotte !

J’ai passé la majorité de ma vie à Londres, mais une partie de mon enfance à Woodstock, dans l’État de New York. Outre son histoire d’accueillir le célèbre festival hippie en 1969, la ville de Woodstock a toujours été un aimant pour les créateurs issus de la libre pensée. Mon père était un acteur et musicien américain et ma mère écrivaine.  Je viens donc d’une famille créative très libérale. Nous avons fait des allers-retours entre l’Amérique et le Royaume-Uni jusqu’à ce que nous nous installions finalement à Londres quand j’avais 9 ans.

Avec tous ces déplacements, je n’arrivais pas à créer de lien avec les enfants de mon âge. Beaucoup de mes amis non scolarisés étaient plus âgés et vivaient déjà leur vie.

Quand as-tu décidé de suivre Spiral Stribe ? 

Mes amis et moi étions dans des modes de vie alternatifs lorsqu’on était adolescent et tous voulaient rompre avec la norme. Nous n’aimions pas cette société trop conservatrice et capitaliste.  J’ai commencé à assister à des raves et des fêtes d’entrepôt à Londres en 1993 chaque week-end. Spiral Tribe est d’ailleurs originaire de Londres !

Puis grâce à ces soirées, j’ai pu rencontrer et me lier d’amitié avec les personnes qui organisaient les événements.

Alors quand j’ai commencé à voyager avec Spiral Tribe, j’étais assez jeune, c’était lorsque j’avais 18 ans. Je suis tombé amoureuse de ce style de vie ! J’ai adoré être sur la route, voyager entre les frontières et voir la transition entre les pays, que ce soit au niveau des cultures, des paysages, ou même au niveau de l’art !  

C’était génial de vivre pendant ces périodes avec moins de possessions, je me sentais plus libre et légère. Puis il y avait un réel sentiment de famille et de communauté !  J’étais encore très proche de ma famille à la maison également, je faisais en sorte de donner régulièrement des nouvelles à ma mère.

 Spiral Tribe a été très médiatisé à cette époque à cause d’un procès et a marqué l’histoire britannique. Peux-tu m’en dire plus sur cette période ?

Oui ! c’était un an après l’emblématique festival gratuit Castlemorten dans la campagne britannique où s’était rassemblé près de 30 à 50.000 personnes. Spiral Tribe était l’un des principaux systèmes sonores impliqués. Ils ont été arrêtés et il y a eu une longue affaire judiciaire.

C’est à ce moment-là que le gouvernement a présenté le projet de loi « Criminal Justice and Public Order Act » qui sera adopté par la suite.  Le but du gouvernement était de rendre les événements sans licence illégaux et de restreindre notre droit de manifester. Spiral Tribe n’a d’ailleurs pas été inculpé à la fin de l’affaire.

Le groupe en avait marre de la persécution et s’est alors dirigé vers la France afin de continuer à organiser des raves gratuites : c’est eux qui sont à l’origine des free party !

J’étudiais encore, mais pendant les vacances d’été et pour le Nouvel An, je voyageais avec eux et les autres systèmes sonores à travers l’Europe : la France, l’Espagne, la Hollande, la Tchécoslovaquie, la Hongrie et Berlin dans des mobil-home. Et nous vivions dans des communautés nomades.

En 1993, quand tu prenais des photos de ces moments, c’était pour capturer le moment présent ou avais-tu déjà l’idée de les partager ?

À l’époque, je n’aurais jamais pensé qu’ils seraient exposé à l’avenir : je ne faisais que capturer la réalité du moment, des voyages et des gens autour de moi d’une manière très naturelle. J’ai juste eu l’envie de documenter et de prendre des photos pour me souvenir de l’expérience pour mon propre dossier personnel. J’imprimais les photos et les gardais en toute sécurité dans les albums. Pour tout te dire, j’ai aussi gardé les dépliants et les unes des journaux de l’époque ! J’aime encore regarder ces photos, même si je suis moins dans cet état d’esprit.

Ces photos ont été montré au public lors de l’exposition à Paris en juin et juillet 2019.

Tu as toujours l’ivresse, le désir, la fureur de vivre pourtant !

Oui ! Mais pas de la même manière ! La vie évolue naturellement. Tu ne peux pas rester dans le même état d’esprit pour toujours. Ma vie à l’époque a beaucoup évolué autour du plaisir, mais lorsqu’on grandit, les priorités ne sont plus les mêmes.  Cela ne signifie pas que le goût de l’aventure s’assèche, il est tout simplement différent. J’aime toujours autant voyager et découvrir différentes cultures. Il est si important pour moi en tant qu’artiste de découvrir de nouvelles choses et de vivre de nouvelles expériences. 

Le mot d’ordre pour les Spi était « free party, free music for free people », qu’est-ce que la liberté pour toi ?

Oui c’était bien ça le mot d’ordre !

La liberté pour moi, c’est avoir le choix. La liberté de voter, la liberté de s’exprimer, de vivre comme vous le souhaitez. Que ce soit dans une maison, sur un bateau ou dans une caravane.


Notre génération est très différente de la tienne. A l’époque, il y avait un étonnant contre-pouvoir intellectuel et médiatique. Puis l’appartenance à une communauté était valorisée. Aujourd’hui, nous passons de plus en plus de temps sur nos téléphones et sur les réseaux sociaux afin de montrer la meilleure image de nous-même. 

Je pense que tu as raison. Il y a trop d’importance avec les jeunes générations de vivre leur vie à travers leurs téléphones portables. Nos téléphones nous rendent moins présents et conscients de ce qui nous entoure. J’ai eu mon premier téléphone à vingt ans, et il n’y avait pas de réseaux sociaux à l’époque. Ce qui, je pense, était meilleur pour mon état mental et émotionnel.

Également, je pense que la nouvelle génération est formidable car elle est maintenant de plus en plus engagée politiquement. Et vous semblez plus conscient de l’environnement et vous vous souciez de le protéger. Des groupes tels que la ExtinctionRebellion ont énormément de jeunes qui les suivent, ce qui est formidable.

As-tu un message pour nous ?

Oui j’ai un message !

Posez votre téléphone et soyez plus présent avec le monde qui vous entoure. Essayez de ne pas vous comparer autant aux autres. Sur les réseaux sociaux, les gens aiment se montrer à leur avantage, parfois c’est assez exagéré. Nous vivons tous de mauvais jours, nous ne sommes pas tous les jours heureux et nos vies ne sont pas aussi parfaite.  

Arrêtez de vous soucier de votre apparence, et concentrez-vous sur qui vous êtes en tant que personne et sur ce qui vous tient à cœur !  Et oui, c’est bien d’être un individu, d’être authentique, de ne pas essayer d’être quelqu’un d’autre.

Enfin, votre famille est précieuse. N’oubliez pas d’exprimer votre gratitude à vos proches parce qu’ils ne seront pas toujours là !

Lors d’un festival-Seana Gavin

Cette interview a été traduite par l’auteur de cet article.

De cette artiste et de ses photos se dégage une vraie sensation de liberté. On perçoit la folie de la jeunesse et son envie folle de vivre au moment présent, totalement libérée des contraintes de la société.  Son confort, elle l’a trouvé dans la musique et dans les road trips. Une âme marginale qui a su nous redonner un certain goût pour l’évasion !

Un grand merci à Seana Gavin pour cette interview.

Instagram : @Seanagavin | Facebook : @SeanaGavin |http://www.galeriepcp.com/1123/seana-gavin/

Photographie :  Seana Gavin