Guinée : des centaines d’arrestations ciblées suite à la réélection d’Alpha Condé - Le Lumière

Guinée : des centaines d’arrestations ciblées suite à la réélection d’Alpha Condé


Depuis la victoire présidentielle d’Alpha Condé le 18 octobre, plus de 300 personnes ont été arrêtées, certaines torturées. Principales cibles, les Peuls selon l’opposition.

« Ils m’ont photographié avec une kalachnikov qu’ils m’ont obligé à tenir », c’est ainsi que Kindy Diallo décrit la scène de son arrestation. Le 19 octobre, alors qu’il allait au travail dans son quartier Peul, cet étudiant a été enlevé par les forces de l’ordre. Il ne serait pas le seul jeune homme d’ethnie Peule à subir l’injustice qui règne dans le pays selon Amadou Diallo, ancien député et avocat membre de l’UDFG (Union des Forces Démocratiques de Guinée), parti politique de l’opposition. Difficile à établir, mais ce dernier estime le nombre d’arrestations à 350. Dénonçant le positionnement politique et la corruption au sein des forces de l’ordre guinéennes, Amadou Diallo souligne que « les gendarmes et les policiers ramassent les gens dans les quartiers jugés favorables à l’opposition et ils en font un fonds de commerce. ». En effet, glisser une enveloppe d’argent, serait la seule motivation des policiers à libérer les arrêtés : « Si je ne donnais pas dix mille ils allaient me tuer. Ma mère est malade, mon père est décédé, je suis seul. Après négociation, on m’a fait sortir pour sept mille francs guinéens ! Avec la pauvreté, la galère, la misère, ce n’était pas facile ! », témoigne Kindy Diallo. Les civils ne sont pas les seuls touchés par les emprisonnements. Dans cette opération d’arrestations ciblées, apparaissent aussi des figures célèbres de l’opposition comme Chérif Bah, un des vice-présidents de l’opposition. Accusés d’un certain nombre de délits, beaucoup de prisonniers seraient innocents selon Amadou Diallo.

« C’est un État voyou qui fait ce qu’il veut »

Une des accusations du procureur de la République est le stockage d’armes de guerre.  Amadou Diallo explique que « d’après certaines informations, très peu de personnes détenaient des armes de chasse. Elles ne sont pas représentatives de toutes les autres  personnes arrêtées qui n’ont pourtant jamais détenu d’armes de leur vie. ». Le média Jeune Afrique a publié les nombreuses accusations faites auprès de personnalités connues et des civils : destruction d’édifices publics et privés, participation à la formation d’un gouvernement parallèle, incitation à la violence ayant entraîné des pertes en vie humaine etc. Paradoxalement à ces accusations, la justice guinéenne, n’a condamné aucun policier ou gendarme ayant causé la mort de centaines de manifestants depuis l’arrivée au pouvoir d’Alpha Condé en 2010 comme le montre Amnesty International. L’avocat Amadou Diallo, expose ainsi l’injustice dans son pays : « Rien n’est respecté ici : les gardes à vue peuvent se prolonger jusqu’à deux semaines alors que c’est maximum 72 heures », en ajoutant que : « C’est un État voyou qui fait ce qu’il veut » qui est à la tête du pouvoir. Dans un rapport publié le 17 décembre, Amnesty Internationale rappelle justement que « Tous les meurtres présumés de manifestants et d’autres individus qui résultent de l’usage excessif et illégal de la force, et ceux de policiers doivent faire l’objet d’enquêtes, et leurs auteurs poursuivis en justice pour répondre de leurs actes. ». Pourtant, les violences policières ne se limitent pas qu’aux manifestations.

« Ils torturent les gens jour et nuit, 24 heures sur 24 »

Enlevé puis libéré le 16 novembre, Kindy Diallo parle avec terreur de son vécu avec les forces de l’ordre : « Ils m’ont frappé, frappé, frappé, agenouillé, je recevais des coups partout, des gifles. Ils m’ont traité de bandit. Je n’ai rien fait de mal, je suis un simple étudiant, une victime de l’injustice. En prison, ils torturent les gens jour et nuit, 24 heures sur 24.». Amadou Diallo souligne que les forces de l’ordre n’ont aucune limite en Guinée : « Ils enlèvent les gens la nuit chez eux, bastonnent les parents, volent les téléphones, les téléviseurs, c’est du brigandage. ». Détenant une grande autorité, les forces de l’ordre n’hésitent pas à le faire savoir, comme le décrit le jeune guinéen : « Chaque matin en prison, les gardiens disaient :  ̎on va vous faire n’importe quoi, on va vous torturer, vous tuer, personne ne peut rien nous demander, notre chef nous encourage à vous faire du mal ̎. C’était l’enfer. ». S’exprimant avec effroi, l’étudiant partage : « Quand une personne reste sans manger ni boire pendant deux, trois jours… ça fait pitié. ». Comme la plupart des prisonniers, il a été menacé de mort avant sa sortie : « On m’a dit : “Petit, si on te voit manifester une fois de plus on va nous-même te tuer”. ». Comme pour la majorité des jeunes guinéens, le seul souhait de Kindy Diallo est d’avoir les moyens de se sauver de son pays, et ainsi trouver ailleurs la santé et la sécurité, les deux choses pour mener une belle vie selon lui.