Conférence MPE : la réinsertion des détenus -De l’intérêt d’une telle conférence pour notre vie d’étudiant- Le Lumière

Conférence MPE : la réinsertion des détenus -De l’intérêt d’une telle conférence pour notre vie d’étudiant-


Ce qu’il s’est passé :

Le 12 février dernier, de 18h à 19h30, l’amphi Fugier de notre campus de Lyon II, sur le Berges du Rhône, a accueillit une conférence organisée par l’association Mankpad’ere. Cette association apolitique, menée principalement par des étudiants de la faculté de droit et de sciences politiques, organise notamment des événements culturels tels que des conférences et des débats, ouverts à toutes et à tous. Cette conférence avait pour thème la réinsertion (économique, sociale, politique, culturelle…) des détenus, que ce soit en France ou dans le monde. La MPE a regroupé trois intervenants pour nous parler du sujet. On a pu donc rencontrer deux acteurs d’associations accompagnant les détenus au cours de leur détention. Ils comparent également les différents systèmes pénitentiaires dans le monde : Amid Khallouf coordinateur de lObservatoire International des prisons et Bernard Bolze co-fondateur et directeur de l’association Prison Insider. Le troisième intervenant, Christophe Chabrot, maître de conférence de Droit Public à Lyon II, nous a parlé, lui, du droit de vote dans les prisons.

Le journal Le Lumière a alors décidé de rencontrer des étudiants de Lyon II ayant assisté à cette conférence pour en déterminer ses intérêts.

On a rencontré Léo et Quentin, étudiants en L1 Portail Institution et Société et Thomas, étudiant en troisième année de licence de droit privé.


Ce qu’on y a découvert :

De nombreuses informations ont été délivrées lors de cette conférence et ce, de manière très didactique, bienveillante et stimulante par les différents acteurs de la conférence. Ainsi, ce jour-là, chacun a pu enrichir sa connaissance, parfois un peu superficielle, des droits des détenus et des pratiques de réinsertion (ou pas) du système judiciaire français et mondial. La richesse du discours des intervenants composait un canevas de connaissances inédites et faciles d’accès.

Voici donc quelques exemples de ce que chacun a pu y découvrir :

Léo : « Je savais que les prisonniers avaient le droit de vote mais je ne connaissais pas concrètement comment c’était appliqué. Cela m’a vraiment surpris parce que tu te rends compte que finalement c’est pas vraiment respecté. Et j’avais un peu connaissance de la surpopulation et des conditions précaires des prisons mais [là on nous a donné] des chiffres concrets. Ce qui m’a étonné aussi, c’est la faible possibilité d’aménagement de peine et du coup, la difficulté de se réinsérer, ainsi que la récidive. Voilà : de comprendre tout ce mécanisme là qui amène à la récidive ça m’a vraiment surpris parce que tu te dis : mais oui mais forcément [que dans ce système] qu’il y a de la récidive. »

Quentin, lui aussi, insiste sur ces idées de droit de vote et de récidive: « J’ai appris beaucoup de choses, ce qui m’a le plus marqué c’est la proportion de prisonniers qui votent et la proportion de prisonniers qui récidivent en sortant.

Thomas : « Lors de cette conférence, il y a deux choses qui m’ont stupéfait lorsque je les ai entendu. La première, c’est lorsque l’un des intervenants nous a fait part d’un phénomène courant au sein des prisons, qui consiste pour les détenus à casser les judas des portes. [Ndlr : Du fait de la surpopulations des prisons, celles-ci mettent plusieurs détenus dans la même chambre bien que les normes de ces chambres n’y sont pas adaptées. Si les judas son cassés, il est impossible de déterminer qui des détenus vivant dans la chambre est le coupable, et qui doit donc rembourser la dégradation. Ne pouvant changer indéfiniment les judas, les établissements laissent les judas cassés. Il est difficile alors pour les surveillants de venir jeter un œil dans les cellules pendant leur tour de garde qui peuvent risquer d’être blessés aux yeux]. Au premier abord cette information semble quelconque, voire insipide : on se dit que cela ne change pas grand chose. Mais à cause de ça, on a une impossibilité de contrôle par les surveillants. Le second point qui m’a étonné c’est ce que l’on pourrait vraisemblablement qualifier d’omerta [Ndlr : de loi du silence] quant au comportement des surveillants entre eux. Parce qu’avenants avec les détenus, certains sont ainsi critiqués fortement et rejetés par leurs collègues, sans que la hiérarchie ne semble s’en mêler. »


Ce qui a marqué :

Cette conférence a contenu des moments forts. Il n’est pas étonnant de comprendre comment la dimension purement humaine des projets des intervenants peut toucher très intimement.

Les étudiants racontent :

Léo : « Généralement je suis très sensible au sujet des détenus, puisque mon père travaille dans une prison : il est infirmier à l’hôpital et à la prison, et du coup j’en parle souvent avec lui, de son expérience avec les prisonniers. De voir justement que, dans cette conférence, le côté humain des prisonniers, avec Dédé Boiron [ndlr : André Boiron, ancien détenu lyonnais que les intervenants avaient côtoyé] ça m’a beaucoup touché parce que, dans le débat public, on voit trop les prisonniers comme des criminels qu’on devrait priver de tous leurs droits alors que ils sont humains. Enfin c’est bête ce que je dis, mais tous les mécanismes [extérieurs] qui les poussent à faire ça sont responsables en partie de leurs actes tout autant qu’eux, c’est à nuancer mais voilà. »

Quentin : « Ce qui m’a le plus touché je pense (c’est quelque chose que j’ai partiellement découvert pendant la conférence) c’est le nombre de prisonniers par rapport au nombre de places théoriquement disponibles dans les prisons. Il y a aussi le fait que la plupart des prisonniers étaient dans des situations précaires, j’ai vraiment retenu que c’était un peu la « prison pour les pauvres ». »

Thomas: “Certains chiffres cités par les intervenants m’ont profondément interpellé. Bien que nous avons tous plus ou moins une vision noircie des prisons, quant à leur surpopulation notamment, les chiffres avancés quant à certains pays m’ont vraiment laissé amère. On a beau prendre du recul et se dire que, par manque de moyens, bon nombre de sujets sociétaux sont laissés à une plus ou moins grande dérive, celle-ci est frappante. “

Ce qui restera et qui sera réutilisé :

Cette conférence a sa dimension didactique et on a pu le constater. Nombreuses sont les stimulations intellectuelles et les informations qui peuvent éveiller des ponts avec des productions étudiantes ou des projets.

Léo : « Je suis rédacteur dans un journal étudiant, la Gazette, et je pensais réutiliser la conférence plus largement pour un article. Mais je pensais le réutiliser de toute façon. C’est quelque chose de très enrichissant, que ça soit dans un travail universitaire ou dans un journal pour un article. Ou même tu vois pour garder des infos en tête. »

Quentin : « J’ai un projet professionnel orienté vers le journalisme donc je pense que, théoriquement tout peut m’être utile. Mais étant donné que j’aime beaucoup la philosophie, et d’ailleurs que je m’y réoriente, je pense que ce qui peut m’être le plus utile dans cette conférence c’est l’introduction qui traitait du but réel de la prison, qui ne vise pas assez la reconstruction les liens entre le « criminel » et la société. Je pense qu’il y a beaucoup à dire là dessus.

Thomas: “Comme je le disais, les chiffres utilisés m’ont surpris, et je ne pense pas les oublier de sitôt. Plus généralement les informations sur le quotidien de vie dans les prisons et les chiffres en lien avec ce sujet sont des éléments qu’il est primordial de garder en tête dans sa vie professionnelle ou future.

Ainsi cette conférence a permis un apprentissage, une compréhension, une émotion.

Il faut encourager Mankpad’ere, comme toutes les autres associations étudiantes à buts similaires, à continuer dans sa lancée et dans son organisation de tels évènements culturels. Les étudiants iront, ils s’y nourriront et en ressortirons plus ouverts et plus informés que jamais.

Pour en savoir plus sur les associations de Lyon II :

Les sites de Mankpad’ere :

Les autres associations agréés de Lyon II: