« Club Bilderberg à la lyonnaise » : le lancement du magazine papier est à l’ordre du jour - Le Lumière

« Club Bilderberg à la lyonnaise » : le lancement du magazine papier est à l’ordre du jour


Organisateur d’un des festivals de la musique électronique les plus connus, Nuits Sonores, l’association lyonnaise Arty Farty propose une fois par mois des rencontres Meet & Greet avec des membres de la communauté créative de Lyon. Ainsi, les habitants de la Cité des Gones sont invités à discuter avec de différents artistes, journalistes, porteurs de projets culturels. 

Mercredi, le 23 octobre 2019, Hôtel 71 a accueilli une de ces rencontres. Trois projets locaux, FlushKiblind et CityCrunch, ont raconté comment ils se sont lancés dans le magazine papier. Outre l’animatrice de cet événement, Anne-Caroline Jambaud Corlin, directrice du Pôle Idées d’Arty Farty, le public a eu la possibilité d’écouter plusieurs représentants des trois magazines mentionnés. 

Aude Lalo a présenté son magazine Flush qui « observe le monde par la lunette des toilettes ».Ce nouvel acteur de la scène médiatique française a déjà gagné la faveur de milliers de lecteurs grâce à son approche originale. Pierre Trouillet, à son tour, a parlé de la version papier de CityCrunch, une des plus grands webzines sur les sorties dans la Ville des Lumières à côté de Petit Paumé et Le Bonbon. Enfin, Jérémie Martinez et Jean Tourette ont raconté l’aventure de Kiblind, le plus ancien parmi les médias présents. 

Pourquoi le thème du magazine papier aujourd’hui ?

Actuellement, de nombreux spécialistes de médias prédisent la fin imminente de la presse écrite au profit de la presse numérique. Le directeur général du New York Times, Mark Thompson, a donné un pronostique sombre : la presse papier n’a plus que dix ans à vivre pour des raisons économiques et écologiques. 

Ayant l’explosion du digital pour cause, le déclin des médias écrits a commencé à la fin des années 2000. Les médias continuent toujours à vendre de moins en moins de journaux et magazines papier. Grâce à la création et la distribution beaucoup moins chère et plus pratique, les pures players (autrement dit, les médias sans édition papier) conquièrent de plus en plus le marché. Malgré la résistance digne de grands titres comme Le Monde et Le Figaro, la presse écrite française subit une chute des ventes de supports physiques de 10% à 20% par an.

Pourtant, certains acteurs essayent de s’opposer à cette tendance de dématérialisation médiatique. Jouant sur la popularité de plus en plus flagrante du mouvement vintage, ils proposent tous un objet qui rappelle le passé sans numérique et qu’il est possible de toucher avec les mains.

Ainsi, le FlushKiblind et CityCrunch ont dévoilé les secrets du lancement d’un média écrit lors du Meet & Greet, un évènement gratuit et ouvert à tout le monde.

Alors, comment faut-il lancer un magazine papier ?

Après l’introduction d’Anne-Caroline Jambaud Crolin, chacun des speakers, pendant son pitch et, ensuite, pendant l’apéro dans une ambiance détendue, ont discutés avec le public des particularités du magazine papier et ont donnés des conseils précieux pour ceux qui veulent se lancer dans « l’aventure papier ». 

Tous les invités de ce Meet & Greet affirment d’une seule voix qu’il faut tout d’abord avoir une ligne éditoriale, qui réunit passion et créativité, pour réussir à bien démarrer un média écrit. L’exemple du magazine Flush le montre bien. La redactrice Aude Lalo a débutée par des critiques de toilettes dans les bars et les restaurants de Toulouse. Cependant, elle continua de développer ce concept original : son ancien blog, transformé en Flush, va maintenant au-delà des limites du concept de cabinet, en anatomisant le monde à travers le thème des toilettes. Comme résultat, le magazine est rapidement devenu un coup de cœur pour de nombreux lecteurs.

Pierre Trouillet de CityCrunch raconte que son magazine a eu de la chance d’avoir de bonnes bases pour lancer sa version papier. Également sous format blog au départ, CityCrunch gagna pendant plusieurs années la sympathie de lecteurs, en publiant en ligne des articles de qualité sur les bons plans à Lyon. Puis, le groupe Unagi, produisant plusieurs médias locaux, a donné une possibilité de transformer un de leurs magazines, Spot, en un mensuel spécialisé dans les sorties et les événements, géré par CityCrunch. Alors, une communauté autour du webzine est presqu’automatiquement devenue une cible visée par l’édition écrite. C’est ainsi que le média a réussi à éviter les problèmes de recherche du lectorat et de l’équipement technique pour le lancement de son propre magazine papier.

Étant donné que la presse écrite est limitée dans ses moyens d’expressions (il est impossible de joindre un vidéo ou un audio, par exemple), le visuel joue un rôle pivot dans l’accompagnement des contenus textuels. La présentation est un des principaux atouts de Kiblind. Mais comment faire le beau design d’un média écrit sans s’adresser à une agence de communication et sans payer une somme exorbitante ? Jérémie Martinez et Jean Tourette ont leur réponse : Kiblind propose à des illustrateurs débutants de publier leurs travaux dans le magazine et de participer à la création des numéros. L’échange est donc bien équitable. Les illustrateurs gagnaient en visibilité alors que le média recevait le visuel attirant à bon prix. 

Ainsi, l’idée de lancer un magazine papier suscite toujours une discussion enthousiaste au sein de la communauté intellectuelle. Les déclarations sur la mort imminente de la presse écrite semblent prématurées même si elle subit aujourd’hui de nombreuses difficultés considérables. Les nouvelles technologies s’ancrent à une allure alarmante dans l’espace médiatique. Par conséquence, les pouvoirs publics essayent de lutter contre la chute économique de ce secteur, en mettant pourtant en péril la distribution de magazines papier produits par de petits éditeurs locaux. Néanmoins, les exemples de Flush, Kiblind ainsi que de Lyon CityCrunch prouvent que l’aventure du magazine papier reste toujours raisonnable, voire attirante.