Chômage élevé : encore des postes vacants ? - Le Lumière

Chômage élevé : encore des postes vacants ?


En France selon pôle emploi, le taux de chômage est de 8 % en 2019, ce qui fait environ 3 millions de demandeurs d’emploi. Par définition, le chômage est l’ensemble des actifs en âge de travailler – entre 16 et 64 ans – qui n’ont pas d’emploi. Néanmoins, on a pu constater que malgré ce nombre, il y a environ chaque année 300 000 postes non-pourvus. C’est une pénurie de candidats qui touche principalement les TPE PME, et les régions comme la Bretagne, Pays-de-la-Loire, ou la Corse.

© Stocklib / fizkes

On parlera alors ici de chômage structurel : de long terme, qui n’est pas lié à l’insuffisance de la demande de travail, mais au fait que celle-ci ne correspond pas à l’offre. Ce qui le provoque, ce sont entre autres les problèmes d’appariements sur le marché du travail qui désignent la mauvaise mise en relation entre offreurs et demandeurs.

Pourquoi certaines entreprises ne parviennent pas à pourvoir leurs postes vacants alors que le chômage est élevé en France ?

Les inadéquations, source de problèmes d’appariements :

Les inadéquations sont le fait que les caractéristiques des postes vacants ne correspondent pas à celles des candidats potentiels. La courbe de Beveridge nous dit que lorsqu’il y a un faible taux d’emplois vacants, il y a un fort taux de chômage, et inversement.

Inadéquations spatiales/géographiques

Dans un article du Parisien datant du 10 octobre 2019, l’économiste Eric Heyer explique que s’il y a une inadéquation spatiale, c’est que les emplois se concentrent dans les zones qui n’attirent pas. En effet, soit les travailleurs n’ont pas les moyens de se loger, soit ces zones, souvent loin des grandes villes, sont désertés par les services publics. Selon une publication de DARES Analyses parue le 4 juillet 2019, l’éloignement géographique constitue 25 % des raisons des postes vacants.

Inadéquations de qualification

En effet, le décalage structurel de compétences entre l’offre et la demande
explique le nombre d’emplois non pourvus. Ainsi, selon une enquête pôle emploi de 2019, 51% des entreprises déclarent que les abandons de recrutement s’expliquent par une pénurie de candidats formés et compétents. Ce sont principalement les domaines les plus traditionnels qui ont du mal à recruter, car ces métiers manuels n’attirent pas les demandeurs d’emplois. On peut l’expliquer par la mauvaise image de certains métiers ou secteurs : celle du domaine de l’industrie joue de manière négative. En effet, la plupart des jeunes n’aspirent pas à devenir plombier ou soudeur.

COLCANOPA / Le Monde

Le manque d’attractivité du poste proposé:

Des salaires trop bas et peu compétitifs

Les salaires proposés par certaines entreprises ne sont pas assez élevés et n’encouragent pas les demandeurs d’emploi à postuler. Par exemple, dans certains métiers comme désamianteur ou téléconseiller, les offres se limitent à des CDD rémunérés au SMIC. Cela n’attire donc pas les demandeurs d’emploi.
Les individus sont économiquement rationnels et font des calculs coûts/avantages : s’ils ne sont pas satisfaits, ils préfèrent ne pas s’engager et continuer à percevoir des indemnités chômage. Cela favorise alors les postes vacants.

Un système d’assurance-chômage trop généreux

Le discours des libéraux accuse les indemnités chômage. En effet, selon eux, si elles sont trop élevées, les demandeurs d’emploi sont tentés de rester au chômage, ou sont moins incités à chercher un emploi. La France est très connue d’ailleurs pour son système social très généreux, avec ses différents avantages individuels.

© Stocklib / alphaspirit

Les asymétries d’informations :

On dit qu’il y a asymétries d’informations lorsque les deux agents économiques du marché (Offreurs et Demandeurs) n’ont pas accès à la même information, et que l’un en possède plus que l’autre. Concrètement, cela peut être une situation où il est impossible pour une entreprise de contrôler la productivité du salarié ou de connaître sa capacité à travailler en groupe, après signature du contrat de travail. Symétriquement, il se peut qu’un chômeur ne soit pas informé de toutes les offres auxquelles il pourrait postuler. Il y a alors une imperfection du marché du travail et cela favorise les postes vacants.

© Stocklib / Khoon Lay Gan

On peut conclure en disant qu’il y a de nombreuses raisons à ces 300 000 postes vacants : des inadéquations source de problèmes d’appariements, un manque d’attractivité des postes, un système d’assurance-chômage trop généreux, et des asymétries d’informations.
Ce taux d’emploi non-pourvu varie rarement et n’est pas une spécificité française : on retrouve ce taux, aux alentours de 1 %, dans tous les grands pays développés.

Si l’on parvenait à réduire à 0 le nombre d’emplois non-pourvus, le taux de chômage en France baisserait seulement d’environ 1 point.

Par Baptiste Bozon