Bolsonaro président : un résultat qui divise le pays - Le Lumière

Bolsonaro président : un résultat qui divise le pays


Le 28 octobre dernier, le candidat de l’extrême droite Jair Bolsonaro a été élu au Brésil. C’est un résultat qui divise le pays et qui a entraîné l’incompréhension de beaucoup. Pourquoi et comment un tel candidat a réussi à convaincre 55% du Brésil de voter pour lui ? C’est ce que nous allons essayer de comprendre.

 

Alors comment Bolsonaro est-il arrivé au pouvoir ?

Tout d’abord à cause de la chute de la gauche traditionnelle. En effet le Parti des Travailleurs, celui de l’opposant à Bolsonaro, Fernando Haddad, a était secoué par plusieurs scandales de corruption. Des entreprises de BTP auraient versé des pots-de-vin au parti et il aurait également participé a un système de blanchiment d’argent et de répartition frauduleuse de marché. De plus, la dernière présidente issue du PT a été destitué par le Congrès à cause de poursuites semblables. Malgré cela, l’ancien président de gauche « Lula » récoltait la majorité des intentions de vote. Sauf que, de par ces accusations, et le fait qu’il soit emprisonnés, il n’a pu finalement poursuivre sa campagne. Cela a entraîné une crise de confiance de la population envers le PT mais aussi envers la politique en général.

La structure institutionnelle du Brésil rentre aussi dans l’équation puisque le paysage politique est constitué de nombreux petits partis fragmentés. Pour celui en place, il vaut donc mieux conclure des alliances pour s’assurer un appui au Congrès. Or celle-ci sont mouvante et mènent parfois au versement de pots-de-vin.

Tout cela a été accentué par la droite, qui a lancé une vague d’attaques contre la gauche et ses personnalités à propos de la corruption ( même si celle-ci a été visé également par des scandales similaires). Bolsonaro a lui aussi joué sur la désinformation contre ces opposants pour gagner des voix. Ce savant mélange a créé un contexte idéal pour ce candidat se disant nouveaux et aux antipodes des autres partis corrompus.

De plus, Jair Bolsonaro a réussi a fédérer de nombreux groupes influents. De par ses propos valorisant la période dictatoriale (1964-1985 ), il en a attiré les nostalgiques. De par ses propos profondément réactionnaires et conservateurs, notamment sur les femmes ou les homosexuels, il a été le candidat promu par l’église évangélique. Or celle-ci a une véritable force d’influence, puisqu’elle compte 62 millions de fidèles (30% de la population) contre 650 mille ( 9% de la population) en France. Avec ses propositions contre la préservation de l’environnement, comme le fait de construire une autoroute au centre de l’Amazonie, le président s’est attiré les bonnes grâces de l’industrie agro-alimentaire. Le Brésil est un des plus gros pays agricoles, c’est donc un appui majeur pour le pouvoir.

 

Quels sont les effets possibles d’un tel président au pouvoir d’un pays comme le Brésil ?

Pour séduire l’électorat plus pauvre qui est le plus sujet aux violences des favelas, il propose  de multiplier les interventions d’unités spécialisés mais aussi la création de politique de sécurité communautaire. Cela pourrait entraîner alors une surveillance et une défiance des citoyens les uns envers les autres. Il veut également  légaliser le port d’armes pour lutter contre les gangs et les criminels. Or, cela ne va entraîner qu’une hausse des violences en les légitimant. Le résultat peut aussi être une forme de « nettoyage social » contre les personnes jugées « indésirables » même si elles ne sont impliqués dans aucune forme de crimes ou violences .

Ce sont les minorités qui risquent de souffrir le plus de cette élection car avec de tels propos, Bolsonaro incite aux violences autant symboliques que physiques. Elles sont déjà très importantes dans ce pays d’Amérique latine où environ 35 % des femmes ont déjà subies des violences et où, en 2017, 445 homicides homophobes ont été perpétrés.

La population la plus pauvre sera tout autant touché vu que les politiques d’aides et de redistribution risque d’être sévèrement réduites par le président d’extrême droite. Seulement, ces aides avaient permis a une partie de la population d’entrer dans la classe moyenne et d’acquérir un certain niveau de vie.

Sur le plan de l’environnement, Bolsonaro pourrait se retirer de l’accord de Paris et permettre une plus large exploitation de l’Amazonie en faveur de ses alliés de l’agro-business. Les populations indigènes vivant dans cette forêt seront touché de même puisque le président brésilien veut restreindre leur droit et supprimer l’agence qui leur est dédiée. Il veut également fusionner le ministère de l’écologie avec celui de l’agriculture, renforçant l’influence des parlementaires de l’agro-business qui géreront le budget.

Au niveau international, Bolsonaro se dirige plus vers une ligne isolationniste que vers l’ouverture lancée par Lula. En effet, le Brésil est impliqué dans de nombreuses institutions internationales et mène des missions au profit de la communauté internationale. Son rôle de  pays émergents en fait un pilier important. Or, avec ce nouveau président de nombreuses actions risquent d’être remise en question ainsi que l’application de certaines réglementations internationales.

 

Discussion avec Thiago Braga, étudiant brésilien à Lyon 2.

Cela fait depuis presque 3 ans que Thiago vit en France. Il a donc vécu l’élection loin du Brésil mais malgré tout, étant en science politiques, il s’est beaucoup intéressé au sujet notamment par les réseaux sociaux. Pour lui, la victoire de Bolsonaro n’est pas une surprise. En effet, suite a l’élection de Trump en 2016, il avait posté un message disant qu’il ne fallait pas se moquer de cette situation car un candidat semblable au nouveau président avait de nombreuses chances de gagner. Ce candidat c’était Bolsonaro. Thiago n’a donc pas été surpris de cette arrivée au pouvoir. Mais alors pourquoi ? Tout d’abord selon lui, le climat politique a joué un rôle important  puisque la crise économique et les affaires de corruption ont entraîné une forme de ras-le-bol chez les brésiliens. Le résultat est que, nombres d’entre eux ont voté pour Bolsonaro pour protester contre cette situation.

De plus, Bolsonaro a énormément diffusé de fakes news pour décrédibiliser ces adversaires. Thiago nous a précisé qu’une partie de la population pauvre et peu instruite s’informait par ces réseaux sociaux et prenait ce qui était diffusé pour la réalité. Cela a donc permis au candidat de gagner de nombreux votes.

Pour Thiago, la binarité du monde politique brésilien a eu également un impact . En effet, il y avait une forte opposition entre droite et gauche sans milieu modéré. Le résultat est un choix des citoyens par rejet du camp opposé, ici par rejet d’une gauche corrompue. En découle alors un climat politique que Thiago a qualifié de « guerre froide » c’est à dire de diabolisation du communisme et plus généralement de la gauche.

Un des faits les plus marquants pour lui est que pour la première fois, il a vu son pays traversé par deux sentiments très forts : la peur et la haine. En effet, par la normalisation des discriminations, Bolsonaro a entraîné un climat de violence et donc une peur pour les minorités ou les opposants. De l’autre côté, cette légitimation de la violence a attisé de la haine chez certaines personnes .

Pour conclure, faut-il craindre l’arrivée d’un pouvoir intransigeant et complètement violent au Brésil ? Même si de nombreuses personnes, notamment de gauche, voit Bolsonaro comme un possible retour à une dictature militaire, Thiago affirme le contraire. Pour lui, l’armée ne veut pas mettre à mal son image en participant à un tel régime. En effet, après la fin de la dictature, elle a eu du mal à se reconstruire  et à retrouver de la légitimité. On n’assisterai donc pas à un retour d’un régime aussi autoritaire. De plus, Bolsonaro semble avoir modéré son discours depuis son élection, nous dit Thiago.

Cet  article se base sur des informations en grande majorité recueillie auprès du professeur de sciences politiques spécialisé sur l’Amérique du Sud, David Garibay. Merci à lui. Merci également à Thiago Braga de m’avoir accordé de son temps.