Avengers: l'apogée du cinéma industriel ? - Le Lumière

Avengers: l’apogée du cinéma industriel ?


Le 22 avril dernier sortait le tout dernier blockbuster en date de chez Marvel : Avengers 2, l’Ère d’Ultron. L’occasion pour Le Lumière d’analyser, ce mois-ci, un film davantage axé sur le divertissement.

avengers

Ces derniers mois, Le Lumière a d’abord cherché à vous proposer des films à vocation artistique : rien que ce mois-ci, nous vous avons par exemple propose des critiques de Big Eyes et de Lost River. Il était donc plus que temps de se pencher du côté d’une part non négligeable du cinéma actuel : le blockbuster.

Tout le monde utilise ce mot, sans savoir forcément ce qu’il veut dire, transformant le terme en une sorte de poubelle pour désigner tous ces films qui sortent fréquemment. Mais si, vous savez, les films, là, dont on aime se moquer parce qu’ils sont simples et s’adressent à un public facile ; ceux-là même qui sont des produits exemplaires de notre société de consommation, des paquets tout prêts dont on n’a plus qu’à ôter l’opercule ; ceux-là même qui fournissent des arguments à certains pour se sentir supérieurs aux autres, définissant une élite de films intelligents et une majorité écrasante de productions abrutissantes.

Eh bien, sachez que le mot blockbuster, à la base, signifie littéralement « qui fait exploser le quartier ». Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire une étude sémantico-pragmatique de l’évolution historique du mot ; il s’agit simplement de pointer du doigt l’essence de cette catégorie de films : un blockbuster, c’est un film semblable à une bombe, d’une certaine façon. C’est un film destiné à faire exploser le box-office, à l’instar d’un quartier ; c’est un film qui va être minutieusement géré par une entreprise de production de sa campagne publicitaire jusqu’à sa sortie pour être le plus rentable possible.

Et force est de constater que Marvel est bel et bien l’une de ces entreprises de production. Tournant au rythme faramineux de deux réalisations par an, elle a le mérite d’être plutôt rentable, tant ses films, participant chacun à l’établissement d’un univers de super-héros, ont rencontré ces dernières années un succès notoire, en particulier Les Gardiens de la Galaxie et le premier Avengers (qui dépassa le milliard de dollars de recettes).

Ce deuxième opus de la trilogie en construction Avengers, nommé l’Ere d’Ultron (je vais essayer de ne pas faire de jeu de mot avant la fin de l’article) est donc, vous l’avez compris, un nouveau maillon à cette chaîne que construit petit à petit Marvel et qui commence à être plutôt longue. L’avantage ? L’univers de Marvel s’étend, créant de nouvelles perspectives à chaque nouveau film. L’inconvénient ? Il faut parvenir à oublier l’aspect mercantile non négligeable de ces films, qui abandonnent tout aspect artistique pour se consacrer pleinement à leur aspect divertissant, qui leur permettra de capter le public le plus large possible.

On retrouve pour ce deuxième film le réalisateur du premier opus, qui avait il y a une bonne décennie déjà créé la célèbre série Buffy contre les Vampires : Joss Whedon. Il apparaîtra rapidement que cette information n’a guère de valeur, tant justement notre cher Joss aura un cahier des charges à remplir : n’ayant que peu de marge de manœuvre en ce qui concerne la touche artistique qu’il pourrait apporter au film, sa présence reste au mieux rassurante, au pire anecdotique.

Vous avez déjà compris qu’il est inutile d’analyser Avengers 2 comme l’on analyserait un film d’auteur : reprocher à un tel film le manque de réflexion qu’il apporte, par exemple, serait comme reprocher à 2001 : L’Odyssée de l’Espace de Stanley Kubrick son manque d’action.

Car les défauts qu’on lui trouvera, finalement, se retrouvent dans l’ensemble de la filmographie Marvel : une écriture souvent grossière, parsemée d’incohérences scénaristiques, des scènes d’actions parfois illisibles, une 3D inutile qui fait mal aux yeux, ou encore des dialogues à la limite du ridicule. L’on peut même rajouter, pour cet opus en particulier, une romance inopinée entre deux personnages qui, de par sa brusque apparition, est peu crédible.

Fort heureusement, cet opus nous propose également une légère amélioration par rapport aux précédents : une focalisation plus ardue sur les personnages secondaires, jusqu’ici relégués au rang de plantes vertes. Même si la manœuvre est parfois maladroite, on s’immerge donc avec plaisir, entre deux scènes d’actions, dans la vie privée insoupçonnée de l’un des personnages. Par ailleurs, arguer que les scènes de combats sont toutes illisibles flirterait avec la mauvaise foi puisque Joss Whedon nous propose tout de même quelques plans agréables à voir, notamment lors de l’introduction du film, alors qu’on est directement projeté au milieu d’une attaque. La caméra semble voler d’un personnage à un autre, sans toutefois rendre l’action trouble, et on a brièvement la sensation de se retrouver entre deux pages de comics, à être projetés d’une vignette à une autre.

On pourra également évoquer un point positif qu’on retrouve fréquemment dans les films Marvel : à savoir, une touche d’humour non négligeable qui fera souvent mouche, que ce soit à travers des running-gags ou de simples blagues. On reste bien sûr loin des éclats jouissifs des Gardiens de la Galaxie, mais cet humour reste bienvenu tant il rafraîchit l’atmosphère et permet même parfois de rendre certains personnages plus attachants.

Cependant, même si Avengers 2 demeure globalement un film d’action correct, il faut lui reconnaître des défauts parfois handicapants, au-dessus de ceux évoqués tout à l’heure, récurrents à Marvel. Si certains personnages sont davantage fouillés, les motivations d’Ultron, le méchant certifié du film, restent parfois floues, imprimant dans nos esprits l’idée désagréable qu’il n’est qu’un vilain de transition, dont le but n’est pas important. L’introduction de nouveaux personnages, par ailleurs, tels que Quicksilver (pas de jeu de mot, pas de jeu de mot…) et Scarlet Witch, pourra être critiquée pour le rôle limité et prévisible de ces personnages, même si on ne doute pas de leur importance dans les films à venir.

Cette désagréable impression que ce film n’est qu’un film de transition est accentuée par le défaut le plus récurrent de la filmographie Marvel : cette toute-puissance des « gentils », servie par un manichéisme inégal, qui fait qu’avant même de se rendre au cinéma l’on sait comment cela va se terminer.

Vous conseillerais-je Avengers 2 ? Je ne sais pas. Loin de vouloir rabattre le plus grand nombre d’entre vous dans les salles, je préfère réveiller en vous un soupçon d’esprit critique qui vous fera prendre un minimum de recul sur le choix du film à voir. Évidemment, puisqu’il s’agit d’un film de divertissement, ce recul n’est pas forcément nécessaire ; il serait surtout utile pour vous diriger vers d’autres films, à tendance plus artistique, car même s’il faut tolérer les blockbusters, il ne faut pas s’y cantonner (et je ne parle pas du riz).

Dans le cas contraire, si l’on est un ennemi revendiqué du système capitaliste, allant jusqu’à avancer que Marvel a réalisé un placement de produit avec le nom de l’un de ses personnages et refusant de s’abaisser à visionner un film de divertissement dont on ne serait pas digne, je vous conseillerais plutôt de regarder Les Gardiens de la Galaxie, le meilleur représentant de la famille Marvel jusqu’à ce jour, qui vous fera sûrement changer d’avis.

Néanmoins, Avengers 2 reste plutôt agréable à voir, et l’on est loin de « l’Ère de l’Étron » que certains semblaient prévoir.

L’avis des étudiants

Le Lumière ne pouvait pas attendre l’année prochaine avant de vous présenter le nouveau format de ses critiques cinéma mensuelles. En effet, les étudiants pourront désormais ajouter voix au chapitre en ce qui concerne les films dont nous parlons, à travers quatre questions. Et ça commence dès cette semaine, avec 6 étudiants interrogés.

    • Qu’as-tu pensé du film ?

  1. Je suis une grande fan des films Marvel, j’ai beaucoup aimé Avengers et je trouve que celui-ci a encore tenu ses promesses. Il est très drôle en plus.
  2. Très bon blockbuster de Marvel.
  3. J’ai trouvé ça très plaisant à voir, malgré quelques défauts très regrettables. Comme ? Le personnage d’Ultron est pas génial. En fait, je vois mal comment deux scientifiques du niveau de Tony Stark et Bruce Banner peuvent se planter à ce point-là. Au final, ils créent un robot qui veut détruire les Avengers. Le film n’exploite pas à fond le thème de l’intelligence artificielle et ses dangers, et on se retrouve avec un méchant que j’ai trouvé très incomplet. On peut aussi noter la relation amoureuse entre Banner et Black Widow qui sort un peu de nulle part.
  4. C’est une digne suite des premiers films de la saga et il est totalement génial !
  5. J’ai pas trop aimé le fait que ce soit en 3D, l’histoire en elle-même et la propagande américaine. Par propagande américaine, tu entends quoi ? Toute la partie « nous sommes les meilleurs », par rapport à ceux de l’Est, ce qui rappelle un peu la guerre froide.
  6. Je n’avais pas vu le premier, mais malgré tout ce film est resté assez compréhensible. J’ai apprécié même si l’histoire est longue, car je ne suis pas habituée à ce genre de films. Je n’ai pas aimé le jeu des acteurs.

 

    • Le recommanderais-tu ?

  1. Oui, mais je recommande aussi de voir tous les autres films Marvel pour pouvoir apprécier celui-ci.
  2. Si on aime ce genre de films, c’est le top.
  3. Oui, je le conseillerais, que ce soit à un fan de Marvel ou non. Comparé aux films X-Men par exemple, l’histoire reste cohérente.
  4. Oui, totalement.
  5. Personnellement, non.
  6. Non, mais je n’empêcherais personne de le voir.

 

    • Penses-tu le revoir un jour ?

  1. Oui, dans la semaine !
  2. Je ne sais pas, je n’en ai pas trop envie sans la 3D.
  3. Je le reverrai très probablement oui, sûrement avant la sortie d’Avengers 3.
  4. Oui, la semaine prochaine.
  5. Non.
  6. Non, sauf si on m’y force.

 

    • Quelle note lui donneriez-vous sur 10 ?

  1. 8
  2. 8,75
  3. 7,5
  4. 9,5
  5. 5
  6. 6,5

D’après ces six étudiants, Avengers 2 récolte donc une moyenne de 7,54/10.