Aller dans les coulisses du travail journalistique avec Léa Coste - Le Lumière

Aller dans les coulisses du travail journalistique avec Léa Coste


Le travail de journaliste est laborieux. Il exige souvent beaucoup d’efforts pour peu de retour au niveau de rémunération et considération. Alors, abandonner le rêve de voir son propre nom sur une page d’un journal ou d’un magazine ? Plus de courage et d’optimisme ! La rédactrice en chef de MAGMA Léa Coste a raconté son parcours et a donné ses conseils aux journalistes débutants pour bien s’en sortir dans le difficile jeu.

Photo d’Artem Arutiunian

Pourriez-vous présenter vous-même et vos activités professionnelles dans la vie en quelques mots ?

Je suis Léa Coste. J’ai intégré le magazine MAGMA il y a 3 ans. D’abord, j’ai collaboré à la rédaction et, puis, je suis devenue rédactrice en chef. En tant que rédactrice en chef, je gère le magazine dans son édition papier. Je pilote aussi toute la partie Web, en gérant le travail de différents pigistes qui collaborent au magazine.

Quelles études avez-vous faites ?

J’ai fait des études à l’université d’Aix-Marseille, une licence en Histoire de l’art et un master en Information-Communication.

Avez-vous fait des stages pendant vos études ?

Le premier stage que j’ai fait, c’était à la Marseillaise pendant un an. Je venais juste d’avoir mon bac. L’année suivante, j’ai fait un stage à l’Humanité, à Paris. Toujours à la rédaction, toujours à la rubrique culturelle, pendant 2 mois.

Quand j’ai redescendu à Marseille, j’ai intégré en tant que pigiste un journal en ligne qui n’existe plus aujourd’hui. Il s’appelait News of Marseille. En parallèle, j’ai continué des piges à la Marseillaise. Quand je faisais mon master, j’avais une possibilité de le faire en partie en alternance. C’était au sein du magazine 8e Art qui n’existe non plus.

Comment vous vous êtes retrouvée à MAGMA ?

C’était après les études. Quand j’ai obtenu mon diplôme, j’ai travaillé pendant un an au service de communication du MUCEM (Musée des Civilisation de l’Europe et de la Méditerranée). Notamment, j’ai produit des contenus digitaux du musée. Après, j’ai décidé de me mettre en freelance et, donc, j’ai collaboré avec de différents clients, sachant que ce n’était pas nécessairement du journalisme culturel. C’était de la rédaction, de l’adaptation de contenus.

Ce temps-là, j’ai été contactée par une agence de communication qui détient MAGMA pour du renfort rédactionnel sur de différents magazines. Sur MAGMA, sur Surface privée, qui est un magazine spécialisé en l’immobilier, et sur d’autres. Comme ça, j’ai rencontré une équipe de MAGMA que j’ai ensuite intégrée à 100%.

Pourquoi avez-vous opté pour la presse écrite, non pas la radio ou la télévision, par exemple ?

Mon idée de départ était en effet de travailler dans la presse écrite parce que j’aimais la distanciation qu’elle procure. C’est-à-dire, quand on fait un reportage dans la presse écrite, on a le temps de digérer des informations et de faire un travail de synthétisation. Donc, naturellement, je me suis tournée vers la presse écrite.

Au tout début de ma carrière, comme tous les pigistes, tous les journalistes, j’ai fait un tour d’éditions papier pour essayer d’offrir mes services. C’était très compliqué, même trop compliqué de trouver quelque chose. Alors, c’était la raison pour laquelle je me suis tournée vers la presse Web. Mais finalement, je me suis retournée vers la presse papier, un peu par hasard. Tout est bien qui finit bien.

À MAGMA, vous n’êtes pas une simple rédactrice mais la rédactrice en chef. Quelles sont les particularités de ce travail ?

Les particularités de ce travail, c’est que c’est à moi que revient la charge de préserver la ligne éditoriale de notre magazine. Donc, le magazine est composé de rubriques qui peuvent changer mais qui restent plus ou moins les mêmes. Et c’est moi qui est en charge d’attribuer des sujets correspondant à ces rubriques. Évidemment, je ne suis pas tyrannique et je garde des suggestions.

Ensuite, soit je m’occupe de faire le sujet moi-même, soit si j’attribue un sujet à un pigiste ou un collaborateur, je suis aussi en charge de dire la manière dont le sujet va être abordé et de le relire, le corriger, le réajuster si jamais c’est nécessaire. En plus, j’ai en charge aussi de gérer le du magazine avec tous les aléas que ça peut comporter lorsque des pages changent de place. Parce que les pages sont vendues pour réorganiser le chemin de fer pour faire en sorte que le magazine soit cohérent.

Puis, il y a tout un volet de correction, de relecture, travail de la titraille. De la même manière que je m’occupe aussi, pas directement mais quand même, de la concertation avec la directrice artistique pour choisir, par exemple, l’artiste qui va illustrer la couverture d’un numéro.

Pourriez-vous décrire un processus d’écriture d’un article ?

Alors, ça dépend beaucoup de type d’article qu’on va produire. Le plus ardu à écrire, c’est sans aucun doute le dossier central du magazine puisqu’il y a 6 pages à consacrer à un thème de notre choix. C’est la rédaction qui est à l’origine de ce dossier-là.

Là, l’approche est un peu complexe : il faut trouver un angle un peu original, trouver des informations intéressantes, réfléchir à quelle problématique ce sujet peut amener, tout en gardant un ton relativement léger pour que le dossier ait un intérêt pour les lecteurs. Donc, quand on a désigné un sujet global, quand on a désigné quelques approches de ce sujet, on commence à se renseigner, notamment, à consulter des études, y compris des études universitaires, pour savoir des tendances analytiques par rapport à ce sujet.

Ensuite, on passe à une phase d’interviews. C’est-à-dire, on recueille des propos de personnes qui s’occupent de ce sujet dans leur métier. C’est pour leur donner un espace d’expression et aussi pour nous donner des idées de choses qu’on n’a pas pensées. L’idée est d’avoir un texte central, une interview et des petits contenus qui vont graviter autour de ce sujet pour que les lecteurs puissent les picorer pour ne pas se plonger dans le dur du sujet.

Êtes-vous libre dans le choix de sujets pour vos articles ?

Oui. Mais on essaie de rester cohérent à notre lectorat. Donc, on n’ira pas interviewer, par exemple, Christian Clavier. Je pense que Christian Clavier, ce n’est pas trop fun pour les jeunes, pour les étudiants aujourd’hui. Ce n’est pas un truc qu’on n’aime pas, ce n’est pas un truc qui est imposé. Mais on essaie de faire des articles, en se basant sur les envies de notre lectorat, un, et sur nos propres envies, deux.

Comment organisez-vous des interviews avec des personnes de l’échelle de Lomepal et Fary ?

En général, on crée les interviews comme ça parce que les personnes en question font un nouvel album ou un nouveau spectacle. Dans ce cas-là, notre rédaction reçoit un communiqué de presse qui annonce la sortie d’un album ou d’un spectacle ainsi que les dates dans le secteur géographique d’une de nos éditions ou même de tous les trois.

Pour prendre un exemple de Lomepal, il avait sorti son album Jeanine. On a reçu un mail avec l’annonce de l’album et la date de son concert à Marseille. Ensuite, on a rentré en contact avec l’attaché de presse qui a été à l’origine de cette annonce et qui nous a mis ensuite en relation avec la production, la maison de disque pour faire une interview.

Sinon, on prend un interview lorsqu’un artiste vient pour faire un concert. Dans ce cas-là, on essaie de prendre 20-30 minutes pendant une répétition, par exemple. Soit un artiste organise une conférence de presse où il y a plusieurs journalistes qui piochent tout ce qu’ils veulent. Soit on le fait par téléphone, ça arrive aussi.

Quels conseils pourriez-vous donner aux journalistes débutants ? Quelles difficultés, quels obstacles leur faut-il prévoir ?

La difficulté pour un journaliste débutant, surtout dans la presse papier, c’est qu’il y a très peu de travail, notamment, dans les régions. En France, tout est extrêmement centralisé. Hors de Paris, c’est vraiment compliqué. Et c’est un travail qui s’annonce laborieux et très mal rémunéré quand-même. Travailler à la pige, c’est beaucoup de stress et beaucoup de travail pour peu de retour, autant au niveau de finance qu’au niveau de considération. Je pense que c’est très difficile et je pense que pour pouvoir bien s’en sortir dans ce jeu, il faut charbonner vraiment beaucoup. Faire des stages sans arrêt, en diversifiant les médias et les titres.