Women's March: la nouvelle résistance - Le Lumière

Women’s March: la nouvelle résistance


Le 20 janvier dernier a eu lieu l’investiture de Donald Trump, 45ème président des Etats-Unis. Et cette arrivée de l’extrême-droite au pouvoir n’a pas fait que des heureux. En réponse à cette ascension fulgurante du PDG de nombreuses entreprises dont la Trump Tower, une manifestation de grande envergure a été organisée dès le lendemain. La marche des femmes à Washington (Women’s March) a clairement donné le ton : il s’agit d’une réponse claire au Président. « Nous ne reculons pas, nous avançons » sont les mots du démocrate et sénateur Bernie Sanders.

 Women's March on Washington

YES, WE CAN DO IT AGAIN

Il s’agit du plus grand rassemblement outre-Atlantique depuis la guerre du Viêtnam : environ 4,6 millions d’américains ont envahi les rues lors de cette marche pacifiste selon le site Internet Popsugar.com. Leur but ? Lutter pour l’égalité économique, politique et sociale homme/femme. Salaires équivalents à compétences égales, équité dans le paysage politique sont autant de batailles qu’il est malheureusement toujours nécessaire de mener. Hommes, femmes, jeunes, moins jeunes, afro-américains, asiatiques, hispaniques, blancs, noirs, patrons, ouvriers, gays, c’est un combat qui décide d’inclure le monde entier sans distinction d’origine, de religion, de genre ou d’orientation sexuelle. Sont notamment mis en avant la lutte pour les droits des femmes, de la communauté LGBT et des travailleurs.

La Women’s March a été présidée par Linda Sarsour (à la tête de l’Arab American Association of New York), Tamika Mallory (organisatrice politique et ancienne directrice de National Action New York), Carmen Perez (directrice du groupe The Gathering for Justice) et Bod Bland (styliste spécialisé dans la fabrication ethique). Et cette révolution a eu un impact mondial. Non seulement parce-qu’elle a été retransmise en direct sur YouTube, mais également grâce aux célébrités engagées qui ont rythmé la manifestation de discours tout au long de la journée. On parle notamment de l’activiste Angela Davis, des chanteuses telles que Madonna, Alicia Keys ou Miley Cyrus et des actrices : America Ferrara ainsi que Scarlett Johansson.

“Trump veut de nouveau rendre l’Amérique blanche” – Angela Davis

 

Angela Davis

Ces mots résonnent encore chez des millions d’américains. Davis prône le rassemblement de tous les Hommes qui considèrent leurs droits fondamentaux comme inaliénables. Étrange pléonasme mais toujours utile quand on sait que les Etats-Unis laissent des milliers de violences policières, viols et abus de pouvoirs impunis. On a tous en tête le célèbre hashtag #AllLivesMatter, prônant la justice sociale. Il y a une part de racisme dans ce hashtag qui ne reconnait pas les oppressions vécues spécifiquement par les personnes non blanches et la sévère répression policière dont les personnes noires sont particulièrement victimes aux États-Unis. Certaines personnes l’utilisent afin de dénoncer un « racisme anti-blanc » qui n’existe pas de façon systémique. « Aucun être humain n’est illégal », affirme-t-elle. Elle l’a dit et répété : Angela Davis se battra sans relâche pour éradiquer cette suprématie de l’homme blanc. Le changement, la lutte collective, voilà son crédo. Dans un pays d’origine indigène le racisme n’a aucunement sa place. Ainsi, elle rappelle l’importance de défendre la liberté à tout prix en évoquant les dures heures de l’esclavage et de la colonisation. Davis souligne la place centrale qu’ont eue les Noirs dans l’histoire américaine et se plait même à espérer une Palestine libre ainsi qu’un cessez-le-feu définitif à Gaza.

Fervente anti-Trump et soulignant que l’immigration fait partie intégrante du pays depuis des siècles, elle n’exprime pas seulement son écœurement face à l’idée d’un mur séparant le Mexique et les États-Unis que le Président a évoqué.

Elle met aussi en avant la santé, point central d’un mandat présidentiel, en évoquant les mesures prises puis supprimées par les différents chefs d’État se succédant à la Maison Blanche et sur le rôle actif que chaque citoyen du monde doit avoir concernant l’environnement. L’activiste aborde par exemple le réchauffement climatique et parle de préserver la faune et la flore et de garantir l’accès à l’eau pour tous.

Le tour du monde en chiffres :

Les toutes premières marches se sont déroulées en Australie et en Nouvelle-Zélande.

Le mouvement a ensuite rassemblé des centaines de milliers de personnes à Washington et dans d’autres grandes villes: on compte en tout 408 manifestations dans le pentagone et 168 dans le monde entier (Suède, Italie, Allemagne, Corée du Sud, Japon, Nigéria, Kosovo, Grèce, Mexique, Pays-Bas, Kenya, Islande, Danemark, France, Canada, Belgique, Afrique du sud, République tchèque, Royaume-Uni, Suisse). En Antarctique on souligne les problèmes environnementaux qui affectent le climat tandis que des marches de solidarité contre le viol ont pris place dans plus de 20 villes indiennes où la population a aussi utilisé le hashtag #IWillGoOut.

 Femme tenant une pancarte Equality over privilege lors de la Women's March

Women's March à Paris, avec la Tour Eiffel

 

Pancarte "Does my period scare you ?" lors de la Women's MarchPancarte "Why are you so obsessed with me ?" avec le montage d'une vulve dessinée et d'un visage de femme placé au centre, lors de la Women's MarchQuatre femmes portant des pancartes lors de la Women's March

 

 

 

 

 

 

 

3 femmes avec une pancarte "To all the little girls watching this, never doubt that you are valuable & powerful" lors de la Women's March

Bell Hooks, féministe noire : « On ne pourra devenir des sœurs qu’en confrontant les façons dont des femmes – au
travers du sexe, de la classe sociale et de la race – ont dominé et exploité d’autres femmes »

Contre le capitalisme d’exploitation, la misogynie, l’islamophobie et l’antisémitisme, Davis ne s’est pas faite que des amis. Sa volonté de mettre l’accent sur un féminisme intersectionnel dérange et lui cause même une désolidarisation de certaines femmes blanches ne se reconnaissant pas dans la description qu’on fait d’elles. Cependant, ces dernières excluent bien trop souvent, explicitement ou implicitement, certaines de leurs consœurs noires ou musulmanes pour ne citer qu’elles. On pense par exemple au célèbre mouvement #BlackLivesMatter qui prend place dans de nombreuses villes et dont le but est de dénoncer les inégalités raciales. Concernant cette lutte, l’absence des principaux mouvements de féministes blanches et de classe moyenne s’est cruellement fait ressentir.

Et ce n’est pas la seule controverse qui est venue entacher la marche des femmes, après qu’Asra Q. Nomani ait déclaré dans le New York Times que le milliardaire George Soros et 50 autres « partenaires » aurait financé la Women’s March, remettant en cause le caractère spontané du rassemblement. On a pu voir certaines participantes demander à d’autres, de confession musulmane, de les aider à s’habiller d’un hijab (voile islamique) en solidarité avec toute une communauté qu’elles savent opprimée par les idées fantasmées et irrationnelles de Trump. Shepard Fairey s’est quant à lui inspiré de la célèbre photo, prise par Ridwan Adhami, de Munira Ahmed portant le drapeau américain en guise de voile. Il en a fait un dessin dans le cadre de son projet artistique « We the People ». Le modèle d’un jour affirme fièrement, dans The Guardian: «C’est un honneur pour tout ce que cette image représente. Elle est anti-rien: elle représente l’inclusion. Cette image dit: “Je suis aussi américaine que vous l’êtes”. Je suis américaine et musulmane et très fière de ces deux versants de mon identité».Manifestantes tenant la photo de Munira Ahmed, avec son voile aux couleurs de l'Amérique, lors de la Women's March

La réforme du Muslim Ban, dernière victime de cette effet boule de neige vient raviver les tensions. 7 nationalités se retrouvent privées d’entrée sur le territoire américain pour cause de « menace terroriste » : l’Iran, l’Irak, la Syrie, la Libye, la Somalie, le Soudan et le Yémen. La starlette de TV-réalité Kim Kardashian publie, à ce sujet, un post Instagram qui devient viral en quelques secondes : chaque année, 11 737 américains sont tués par leurs concitoyens et seulement 2 par des terroristes. Le Victoria Islamic Center au Texas ravagé par les flammes le 28 janvier dernier, la fusillade dans une mosquée au Québec par le terroriste Alexandre Bissonnette, faisant un bilan de 6 morts et 20 blessés, autant d’actes de violences et de dégradations qui rappellent au monde entier la nécessité de s’unir contre toute forme d’atteinte à la liberté.