Tableau d'une exécution : quand l'art se heurte à la politique - Le Lumière

Tableau d’une exécution : quand l’art se heurte à la politique


Tableau d’une exécution pose la question d’un art servile, au service de l’État et de l’Église mais également du pouvoir de la femme qui rompt avec les codes et les dogmes.

Dans la Venise de la Renaissance, une artiste peintre se voit commander un gigantesque tableau à la gloire de l’état Vénitien à l’occasion de la bataille de Lépante, et de Suffici, commandant interprété par Eric Caruso. Cet artiste peintre n’est autre que Galactia, incarnée par Christiane Cohendy.

Photo de la comédienne, assise sur un escalier, atrospophant le comédien, debout, à trois mètres d'elle

Howard Baker nous livre ici une pièce surprenante par sa complexité et par les paradoxes qu’elle met en scène. La dernière scène suscite les interrogations et apparaît comme un véritable renversement de situation. Claudia Stavinsky, à travers cette mise en scène, a voulu représenter « une poétique de la chair et des corps en mouvement » en parfaite adéquation avec le personnage de Galactia.

Galactia, femme accomplie qui nous prend aux tripes par sa puissance et sa désinvolture, incarne la femme libérée : artiste, amante et mère. Sa voix roque et puissante captive l’auditoire, elle est à la fois le fil conducteur de la pièce et l’élément perturbateur, la femme convoitée et l’artiste méprisée. Dès le lever de rideau, sa force est captivante, elle est maître de la scène et gare à ceux qui tentent de s’y frayer un chemin, tel est le cas de Urgentino, homme éminemment politique, mais un personnage nonchalant, incarné par Philippe Magnan. Son visage est de glace. Un personnage qui se caractérise par son peu d’expressions et d’émotions et son « je m’en foutisme ». Un personnage qui contraste avec Supporta, artiste et fille de Galactia, dont les crises de nerfs s’enchainent.

Photo des comédiens, habillés en noir, les uns derrière les autres

Faut-il rétablir la vérité au détriment de l’Etat ou au contraire obéir au pouvoir en dépit de de ses propres valeurs ? Comme l’a montré Galactia, retranscrire cette bataille grâce à l’art c’est en faire un instrument du pouvoir et de l’Eglise, où la vérité n’a pas sa place. L’apparition du tableau réalisé par Galactia est d’une puissance monumentale, jusqu’à en faire pleurer Carpeta, l’amant de Galactia joué par David Ayala. Ce voile couleur rouge sang envahit la scène, les comédiens deviennent presque invisibles. C’est le choc, autant pour les personnages que pour les spectateurs. Ce voile rouge est étonnement puissant.

La vérité sur la bataille de Lépante était-elle trop dure à voir ?

Photo du grand drapeau rouge, avec la comédiennne derrière, et le comédien au devant de la scène

Par ailleurs, le décor et la scène sont d’une beauté incroyable, à la hauteur du Théâtre des Célestins. Le décor se veut improbable à l’image d’une artiste tourmentée. Des sculptures, de la peinture, des tableaux et d’autres objets farfelus tapissent la scène. Voir l’artiste à l’œuvre est captivant, le spectateur est curieux de voir ce qu’elle va produire. La comédienne devient l’artiste, la création de dessins et autres peintures durant le représentation devient éminemment poétique.

Quand l’art s’attaque au pouvoir, Tableau d’une exécution de Howard Baker, mis en scène par Claudia Stavinksi.