Les Rohingyas, condamnés à l'exil - Le Lumière

Les Rohingyas, condamnés à l’exil


Ils fuient le Myanmar par milliers, les Rohingyas sont la minorité ethnique la plus persécutée au monde selon l’ONU. Bien qu’établis depuis plus de deux siècles en Birmanie, les Rohingyas sont considérés comme des immigrés illégaux bengalis, en provenance du Bangladesh, et sont pour cette raison victimes d’exactions plus atroces les unes que les autres.

Au sein de ce pays pluriethnique, les bouddhistes représentent 89% de la population contre 3% pour les Rohingyas. Cette minorité musulmane, majoritairement présente dans l’Etat d’Arakan, se voit nier toute existence.

Les Rohingyas sont vus comme des parias et ce, depuis 1892. Date à laquelle une loi très répressive fut mise en vigueur sous le régime militaire de Ne Win, plus connue sous le nom de la loi sur la Citoyenneté de 1982. Une loi qui ne fut ni amendée ni abrogée depuis. Au contraire, la loi sur la Citoyenneté de 1948 garantissait l’égalité de tous les citoyens. Tout d’abord, pour appartenir aux « races nationales », les différentes ethnies doivent fournir des preuves de leur présence sur le territoire birman avant 1823, arrivée des colons britanniques. De plus, le statut de citoyen est aussi soumis à de nombreuses règlementations et restrictions. Il existe 3 classes de citoyens, 3 classes auxquelles les Rohingyas ne sont pas éligibles : les citoyens jouissant de la pleine citoyenneté, d’autres pouvant être naturalisés ou encore les citoyens par association.
En tant que pays pluriethnique, la question religieuse a toujours été au centre des conflits et intérêts. Le bouddhisme n’est-il pourtant pas une religion de paix et d’acceptation ? Les violences entre bouddhistes et Rohingyas sont pourtant omniprésentes. Par ailleurs le mouvement 969, anti-islamique et nationaliste, vouent une véritable haine aux musulmans et donc aux Rohingyas. Son leader, Ashin Wirathu, se dit être le « Ben Laden bouddhiste ». Ainsi, ce prédicateur, qui se dit agir au nom du bouddhisme, mène une véritable propagande à l’encontre des musulmans. Ce climat de terreur et cet endoctrinement pousse à la barbarie, même si le mouvement 969 se dit ne pas être responsable des actes de ses fidèles. Il s’agit d’un mouvement extrémiste et terroriste, la vidéo ci-dessous parlera d’elle-même.

Dans la même lignée mais plutôt politique, le comité Ma Ba Tha, est à l’origine de de projets de loi sur « la protection de la race et de la religion ». Ce comité exerce un véritable pouvoir sur le Parlement birman, avec l’accord du président Thein Sein.
Ainsi, ce n’est plus seulement une propagande de groupes extrémistes, mais une propagande d’état. L’armée a mené une terrible campagne de répression contre les Rohingyas à la suite d’une attaque par un groupe armé se disant agir au nom des musulmans, ce 9 octobre. L’ONG Human Rights Watch parle de crime contre l’humanité. Les Rohingyas sont victimes d’un véritable nettoyage ethnique. De plus, Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix et depuis avril 2016 Ministre des affaires étrangères, Ministre du cabinet de la présidence ou encore conseillère d’état qui s’était terrée dans un véritable mutisme, se terre désormais dans le déni. Dans un entretien pour la BBC, elle a déclaré :

« I don’t think there is ethnic cleansing going on. I think ethnic cleansing is too strong an expression to use for what is happening. I think there is a lot of hostility there – it is Muslims killing Muslims as well, if they think they are co-operating with the authorities. It is not just a matter of ethnic cleansing as you put it – it is a matter of people on different sides of the divide, and this divide we are trying to close up »

http://www.bbc.com/news/world-asia-39507350

Pourtant les Rohingyas sont bel et bien apatrides, sans terre ni patrie, et considérés comme immigrés illégaux. Une réaction de la scène internationale se fait attendre, l’ONU multiplie les appels à l’aide.

Les droits de l’homme sont bafoués et leurs droits fondamentaux soumis à restrictions. Par exemple, la « white card » leur a été retirée. Il s’agissait d’une sorte de carte de séjour mais qui leur permettait néanmoins de prouver leur identité et de voter, ils se retrouvent désormais sans-papiers. Ils ont aussi besoin de l’autorisation des autorités lorsqu’ils souhaitent aller au-delà d’un certain périmètre, certains lieux leurs sont interdits. Ils sont également soumis à de nombreuses restrictions concernant le droit à l’éducation ou encore le mariage.
Les Rohingyas se voient refuser tout espoir d’une vie décente et sont obligés de fuir la Birmanie afin de se réfugier dans des camps de fortune. Seule option, fuir vers le Bangladesh ou encore la Thaïlande. Or au Bangladesh par exemple, ils sont mal vus par la population locale (ils sont vus comme une concurrence déloyale et une main d’œuvre « bon marché ») et surtout délaissés par les autorités compétentes. Chacun se rejette la responsabilité et personne ne semble prendre en compte la gravité de la situation.

Enfin, comme ci-cela n’était pas assez, le sort semble s’acharner sur les Rohingyas. Un camp de réfugiés fut dévasté après le passage du cyclone Mora au Bangladesh, terrible pour le statut déjà précaire des réfugiés Rohingyas.