Retour sur les portails, nouveauté controversée de la rentrée 2016 PRINT N°3 - Le Lumière

Retour sur les portails, nouveauté controversée de la rentrée 2016 PRINT N°3


[Cet article aurait dû sortir dans la version print, c’est-à-dire la version imprimée du journal.]

Les étudiant.e.s de Lyon 2 interrogés par Le Lumière s’accordent pour dire qu’il est rassurant de savoir qu’ils pourront se réorienter tout en accédant à la L2 grâce au système des portails. Cependant, si celui-ci apparaît comme adapté aux nouveaux bacheliers en recherche de leur voie professionnelle, convient-il aux étudiant.e.s qui savent déjà ce qu’ils veulent faire à l’issue de leur formation universitaire ?

Pour celles et ceux qui n’ont pas encore défini clairement leur projet professionnel, le système des portails est tout à fait avantageux : il leur donne l’occasion de le cerner puis de le mûrir avant de se lancer durablement dans la filière qui leur correspond. En effet, la diversité accrue des enseignements délivrés en L1 leur permet de déterminer plus précisément ce qu’ils voudront étudier par la suite. Mais pour les autres, celles et ceux qui savent ce qu’ils veulent faire plus tard, les portails tendent à mettre un frein à leurs objectifs.

“Je perds du temps sur des matières qui n’ont pas d’importance”

Laury-Anaïs, 25 ans et en reprise d’études après 6 ans d’interruption, étudiante en portail Psychologie et Sciences cognitives – mention Psychologie de l’université Lyon 2, témoigne : « Je ne suis pas satisfaite car j’ai des cours qui ne correspondent pas à ce que je veux faire après. Je m’y intéresse moins et du coup je perds du temps sur des matières qui n’ont pas d’importance pour moi. ». Le risque étant qu’en cas de non-obtention de la moyenne dans ces matières « qui n’ont pas d’importance », les étudiants au projet professionnel déjà défini soient pénalisés pour accéder à la L2 et à la mention qu’ils souhaitaient initialement étudier.

Autre point qui pose problème : la répartition des redoublants dans ce nouveau dispositif. A Lyon 2, certains d’entre eux, interrogés par Le Lumière, se sont vus placés dans la mauvaise mention. C’est le cas de Paola, redoublante en licence d’Histoire de l’Art. Elle explique : « Lors de ma réinscription, comme il y avait beaucoup de monde dans le portail Arts, on m’a inscrite en mention Lettres au lieu de m’inscrire en mention Histoire de l’art. J’ai dû appeler toutes les personnes possibles et faire un scandale au secrétariat pour qu’on me remette en Histoire de l’Art. » Pour elle, « la répartition des étudiants dans les portails aurait dû être plus travaillée ».

“Pour moi, les portails sont plutôt un tremplin”

D’autres étudiants comme Dylan, 24 ans et issu d’une licence professionnelle d’informatique industrielle, se trouvent néanmoins satisfaits de ce système. Inscrit en portail Médias, cultures et sociétés – mention Arts du Spectacle, il nous dit : « J’ai été agréablement surpris. Pour moi, les portails sont plutôt un tremplin, il y a vraiment des matières qui sont complémentaires. Je trouve ça presque dommage que ça ne continue pas en deuxième année, car je pense que je vais passer à côté de beaucoup de choses. »

Il est vrai que les portails offrent un accès accru à une culture générale.  Cependant, pour les étudiant.e.s qui savent ce qu’ils veulent faire plus tard et qui estiment que certaines matières « n’ont pas d’importance », ils ne sont pas nécessaires. Une situation problématique qui soulève un débat : l’Université française est-elle le meilleur système pour se professionnaliser ?

Mais au fait, qu’est-ce que les portails ?

Depuis la rentrée 2016 en France, il s’agit d’un dispositif prévu par la loi sur l’enseignement supérieur et la recherche du 22 juillet 2013, appelé aussi spécialisation progressive en licence. Il consiste en l’inscription simultanée à plusieurs mentions de licence via le choix d’un parcours type, le portail.  Par exemple, le portail Arts permettra d’étudier des matières issues à la fois de la mention Arts du spectacle et de la mention Lettres modernes, qui, jusque-là, étaient bien distinctes. Ce n’est qu’à partir de la L2 qu’il sera demandé à l’étudiant de se spécialiser dans l’une des mentions étudiées. Ce système d’enseignement est en partie issu du constat suivant : malgré l’obtention d’un baccalauréat spécifique et le choix d’une orientation sur APB, les étudiant.e.s ne savent pas toujours ce qu’ils veulent ou viennent faire à l’université. Les portails sont donc là pour les rassurer, en leur donnant la possibilité de changer de filière en cours de licence.

Le Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MENESR) cherche ainsi à rehausser le taux de réussite de la L1, puisque, selon ses dernières statistiques, 27,7% des étudiant.e.s redoublent leur première année quand 30,2% quittent l’université.

Emilie N’sembani