Mourir de faim en 2017, c'est possible - Le Lumière

Mourir de faim en 2017, c’est possible


Le 20 février, le Soudan du Sud était le premier pays à se déclarer en état de famine. Et depuis, la liste ne fait que s’allonger, la gravité de la situation n’a été prise au sérieux que trop tard. L’ONU a réclamé 4,4 milliards de dollars indispensables à l’aide humanitaires pour les pays les plus durement touchés par cette crise sans précédents : le Yémen, la Somalie, le Soudan du Sud, le Kenya ou encore le Nigeria, c’est-à-dire plus de 30 millions de personnes. « Il aura fallu deux ans pour affamer le Yémen » affirme Véronique Andrieu, directrice générale d’Action Contre La Faim, dans une tribune pour Le Monde. 

Selon l’échelle IPC des Nations Unies qui permet de mesurer l’insécurité alimentaire chronique, l’état de famine est déclaré si 20% de la population d’une région a un accès limité à la nourriture de base, que le taux de mortalité est supérieur à deux personnes pour 10 000 par jour et qu’une malnutrition aiguë touche plus de 30% de la population.

Les conflits armés sont un élément déclencheur de la famine. C’est le cas pour la Somalie, en proie aux guerres depuis plus de 20 ans. Comme la précisé Françoise Sivignon, présidente de Médecins du monde, à l’antenne d’Europe 1 : « La faim est aussi une arme politique. Pour résoudre cette crise, il faut résoudre ces conflits, mais il n’y a aucune volonté politique de le faire ». Les ONG sont dans l’impossibilité d’accéder aux populations et d’apporter des denrées alimentaires ou autres soins médicaux. Ces populations sont forcées à l’exil et s’abritent dans des campements de fortunes, impossible donc de les localiser précisément. Dans ces déserts, les denrées sont larguées à l’aide d’hélicoptères. L’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ainsi que le PAM (Programme Alimentaire Mondial) tentent d’apporter une aide alimentaire, des kits de pêche ou de production alimentaire (afin de cultiver ses propres terres aux populations les plus isolées).
Ces populations vivent dans un véritable climat d’insécurité où les droits humains n’ont pas la moindre signification. Les routes sont bloquées, les terres sont pillées, des villages entiers sont mis à sacs, les hôpitaux ou autres infrastructures sont détruites.

Ces conditions de vie, ou plutôt de survie, permettent la prolifération de maladies, tel que le choléra, ou la diarrhée qui peut s’attraper en buvant de l’eau contaminée, et qui font des ravages. Les enfants et les femmes enceintes sont les principales victimes et les plus durement touchés mais difficile de leur venir en aide étant donné la rareté des médicaments ou d’infrastructures permettant leur accueil.

L’instabilité politique empêche également toute intervention des organisations humanitaires et des populations entières sont en grand danger. Ainsi, au Soudan du Sud, la guerre civile fait rage depuis 2013. Malgré un accord de paix en août 2015, deux camps s’affrontent, les troupes du président Salva Kiir et les troupes de l’opposition de Riek Machar, ancien vice-président. Les populations sont aussi la cible d’atrocités car considérés comme « ennemis » du régime ou de son opposition. L’ONU dénonce de terribles exactions et la violation de droits humains, c’est pourquoi elle a créé des sites de protection des civils, des refuges. Par ailleurs, comme pour retarder leur travail, les humanitaires sont soumis aux règles locales et doivent posséder un visa de travail afin d’aider ses populations en grande détresse. Or, le gouvernement sud-soudanais a augmenté leur prix.

Les ressources de ces états sont également sollicitées par l’Occident ou autres états africains, l’économie est ainsi au plus bas. Thabo Mbeki, ancien président Sud-africain, dénonce ainsi l’interventionnisme occidental qui serait un frein au développement et les accuse d’aggraver les conflits armés. Entre autre, leurs ressources pétrolières sont au cœur des intérêts et exploitées par des investisseurs étrangers ou autre lobbies. Or, la gestion des revenus pétroliers au sein même des états est opaque, aucune institution ne permet la traçabilité de ces revenus et surtout l’usage qu’il en est fait par les dirigeants africains. C’est le cas au Soudan du Sud où la moitié du budget du gouvernement Sud-soudanais est consacré à l’armée comme le précise l’ONU.

Le climat est également en partie responsable de la famine. Malgré son doux nom, El Nino (des records de température dus au réchauffement climatique) a pourtant des conséquences dévastatrices. Plus particulièrement la sécheresse. C’est par exemple le cas du Kenya, qui se trouve dans la région du Sahel. La pénurie d’eau ne permet pas de cultiver les terres, les précipitations sont rares et faibles. C’est un cercle vicieux, la rareté des denrées engendre l’augmentation des prix. Le bétail, à son tour, meurt de faim. Or, sans agriculture locale, les populations dépendent des ONG. En Somalie, qui a déjà en 2011 souffert d’une grande sécheresse, l’année 2017 est bien pire. Les ONG sont dans l’impossibilité d’atteindre les populations isolées étant donné que l’organisation terroriste Al-Shebab empêche tout accès à ces territoires.

L’avenir est donc incertain pour ces états en proie à cette crise sans précédents. Une crise déclenchée par l’homme. « Sans des efforts collectifs et coordonnés à l’échelle mondiale, des gens vont tout simplement mourir de faim. Beaucoup d’autres vont souffrir et mourir de maladie. Des enfants vont être retardés dans leur développement et manqueront l’école. Des moyens d’existence, des avenirs et des espoirs seront perdus » affirme le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires des Nations Unies.
L’heure est pour le moment à l’espoir mais surtout, à l’action.