Qui est le Lyon ? L’Université ou les étudiants ? PRINT N°3 - Le Lumière

Qui est le Lyon ? L’Université ou les étudiants ? PRINT N°3


[Cet article aurait dû sortir dans la version print, c’est-à-dire la version imprimée du journal.]

Cette semaine, les conseils d’administration des Universités Lyon 2 et Lyon 3 ont voté pour la candidature IDEX (Initiative d’excellence), qui implique la fusion des Etablissement d’enseignement supérieur Lyonnais. A Lyon 3 le vote n’est pas passé. A Lyon 2 les scores ont été serré, 15 pour 10 contre dont 3 abstentions, le dossier est passé.

L’Université de Lyon UDL est candidate à l’IDEX un concours entre les universités. Où le gagnant bénéficie des intérêts (30 à 35 millions d’euros par ans) générés par le placement d’une somme d’argent colossale, mis à disposition par l’état. Depuis son élection le président de l’université de Lyon donne l’impression de n’avoir que ce mot là à la bouche « attention si vous ne faites pas ça, nous n’aurons pas l’IDEX ». Pourtant c’est une goutte d’eau par rapport aux sommes brassées par les universités lyonnaises (plus d’un milliard d’euros par an).

Son président Khaled Bouabdallah est un grand adepte du monologue politique. Il n’a pas reculé devant les moyens pour avoir un conseil à sa main, en favorisant les petites structures. Pris à son propre piège, il se voit aujourd’hui bloqué contré par les Universités, qui lui reproche de vouloir construire un modèle basé sur l’élitisme. A l’image des « grandes écoles », des frais d’inscription exorbitants une sélection à l’entrée et un très petit nombre de places.

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Idex circus

Il y a un moins d’un an les établissements d’enseignements supérieurs de Lyon Saint-Etienne ont amorcé une fusion, pour paraitre plus gros face à la concurrence internationale. Mais cela a pour conséquence de centraliser une grande partie des dotations de l’état vers une structure l’UDL. L’équilibre voulu par le président n’a pas été du goût de tout le monde. Certains ont effectivement considéré qu’il existait pour le moins une iniquité dans la représentation des diverses structures. Il est vrai qu’il n’a pas reculé devant les moyens pour avoir un conseil à sa main, en favorisant les petites structures. Deux plaintes ont même été déposées.

Le 22 décembre 2015, le Tribunal administratif a invalidé l’élection de la moitié des enseignants-chercheurs siégeant au conseil d’administration de l’Université Lyon Saint-Etienne. Le nombre de sièges par établissements désignés dans les statuts était loin d’être représentatif du poids réel de chacun. Il faisait la part un peu trop belle aux « grandes » écoles. Elles sont petites mais nombreuses. Elles représentent à peine 18% des étudiants et personnels. Cela ne les empêchait pas de détenir 14 sièges contre seulement 19 pour les Universités Lyon 1, 2, 3 et Jean Monnet (NDLR : Saint-Etienne). Le déséquilibre est incontestable quand on sait que ces dernières ne représentent pas moins de 82 % des effectifs.

Loin de profiter de l’occasion pour rééquilibrer la représentation des diverses structures, le président Bouabdallah a au contraire encore un peu accentué l’inégalité. Il a même sauté sur l’occasion pour réduire le poids politique des élus étudiants de Lyon 1 qui représentent 50 000 étudiants sur les 130 000 de l’UDL. Mal lui en a pris. Un nouveau recours a été introduit devant la justice administrative. Mais cette fois ce n’est pas un plaignant, mais une dizaine qui ont pris le mors aux dents et saisi le juge. Le 20 avril 2016, Le Tribunal administratif a invalidé le mode de désignation des membres des conseils tel qu’il est prévu par les statuts.

Pendant ce temps là, les universités ont renouvelé leurs représentants du personnel et des étudiants. Ceux-ci deviennent grands électeurs et désignent qui les représentera à l’UDL. Là encore, Bouabdallah a fait des siennes. Il a mis un terme aux mandats UDL des élus précédents sans tenir compte de la position du ministère qui avait conseillé de finir les mandats en cours, valant pour une durée de deux ans. Résultat dix représentants enseignants et étudiants ont été renvoyés dans leur foyer. Les sièges étant vacant, certains depuis le mois de décembre. Il fallait réagir, cela devenait scandaleux. Le 11 juillet la Rectrice a tiré au sort les nouveaux « élus » ?

Début septembre Nathalie Dompnier s’est opposée à Khaled Bouabdallah sur sa vision de l’UDL, les Sciences Humaines et Sociales étant mis de côté (Bien évidement vu qu’elles sont étudiées dans les Universités). Cette attaque a fait trembler tout l’enseignement supérieur Lyonnais. Sans un établissement comme Lyon 2 le projet IDEX est fortement remis en question. Les élus ont jusqu’à décembre pour tomber d’accord, la présentation du dossier IDEX se fera pour le mois de février. S’en suivra une préparation de quatre ans pour nous mener à l’université « intégrée ». Sous la forme de trois pôles, un pour les « grandes » écoles, un pour la santé et un pour les Sciences Humaines et sociales.

2020 l’Université Lumière Lyon 2 aura sans doute perdu son nom et sera rentrée dans l’Université dite « intégrée ». Il ne tient qu’à vous que son identité, sa culture, ne soient pas dissolues, mais plutôt partagées. Lyon 2 a toujours été une université fer de lance des luttes pour la justice, pour l’égalité et la solidarité. Surveillé par les Renseignements Généraux (SCRT) tout comme Rennes 2 et Toulouse 2, à chaque fois que le pouvoir sent le vent tourner. Nous sommes les éléments d’une université rebelle qui peut être fier de son histoire fondée par des luttes innovantes qui ont, depuis mai 68, fortement influencé la société.