Lyon largue les amarres avec "Quais du départ" - Le Lumière

Lyon largue les amarres avec « Quais du départ »


Chaque année depuis 2012 « Quais du départ » est le festival lyonnais capable de faire faire le tour du monde en quatre jours. Du 23 au 26 novembre 2017 se tenait la sixième édition de ce festival des films et livres voyageurs sur les berges du Rhône. Entre projections, conférences, ateliers et cafés débats, cap sur ce rendez vous incontournable des globe trotteurs lyonnais.

Elle s’appelle Tsering, bergère dans l’Himalaya indien, promenant ses deux cent cinquante chèvres dans les hauts plateaux du Ladakh elle est sans doute loin de se douter que tout le palais de la mutualité de Lyon a les yeux rivés sur son histoire. Tsering, malgré sa simplicité, est l’héroïne de la grande soirée « Monde d’altitude » du festival Quai du Départ. C’est son frère, Stanzin Dorjai Gya qui, avec la réalisatrice française Christiane Mordelet, nous permet de passer un peu plus d’une heure dans son quotidien et de l’accompagner au milieu des neiges himalayennes. Entre loups et léopards sauvages Tsering se rassure avec sa radio qu’elle appelle « sa meilleure amie » et les derniers bébés de ses chèvres dont elle s’occupe avec le plus grand amour. Cette grande dame si forte n’a qu’une peur, que son métier de bergère disparaisse pour toujours. Voyant ses petits enfants vouloir partir vers la ville Tsering et ses rares derniers collègues craignent de voir s’éteindre leur culture de bergers des glaces.

Après la séance Stanzin le frère de l’héroïne du soir, et Christiane Mordelet avec qui il a réalisé le film sont présents pour répondre aux questions des festivaliers. C’est dans un anglais parfait que Stanzin assure que, malgré la rudesse de son métier et des conditions dans lesquelles elle l’exerce, sa sœur est la plus heureuse des bergères du Ladakh.

La soirée se poursuit avec une seconde projection qui emmène cette fois le palais de la mutualité au Tadjikistan, dans les sommets du Pamir. Si Stalingrad à repris son nom d’origine, les hauteurs et reliefs de cette ancienne aire de l’URSS portent toujours, cent ans après octobre 1917, les noms de grandes figures du communisme. C’est donc à travers le pic Lénine, le glacier d’octobre ou encore le pic Karl Marx que le spectateur voyage.

Une fois la projection terminée, l’écrivain Cédric Gras et le réalisateur Christophe Raylat, reviennent en détail sur ce projet né de la tête de Sylvain Tesson qui voulait fêter le centenaire de la révolution russe à sa façon, en marchant à travers des montagnes et glaciers ayant gardés les noms des protagonistes communistes.

C’est les yeux rempli d’or blanc et le cœur à 5 000 mètres d’altitude que les festivaliers sortent de cette grande soirée « Monde d’altitude ».

Samedi nous repartons en voyage. Difficile de choisir parmi les nombreuses destinations que propose les projections de quai du départ. Ayant frissonné hier soir nous décidons de partir vers le continent africain. C’est de nouveau depuis le palais de la mutualité que nous envolons surfer les vagues gabonaises en compagnie du trio breton Lost in the Swell. Pour la suite de leur web série les trois amis décollent vers le Gabon. Ils vont, grâce à trois « fat bike », longer les plages gabonaises à la recherche de vagues encore vierges. Les bretons n’ont rien perdu de leur humour et cet épisode, en plus de nous faire frissonner avec eux face aux hippopotames, crocodiles, éléphants et autre requins bouledogues, nous fait rire.

Aurel, l’un des trois protagonistes, présent après la conférence nous fait part avec humour de leurs galères, entre savane, manque de nourriture et problème politique, nous comprenons qu’un voyage est toujours une aventure capable de faire passer l’homme par milles émotions en une journée.

Aurel de Lost in the Swell qui répond aux questions des festivaliers

Toutes ces séances nous ont donné faim, nous nous dirigeons alors vers la plateforme, péniche amarrée sur les quais de Rhône, où vibre le cœur du festival. A bord, nous trouvons une librairie gorgée de livre de voyage ainsi qu’un grand espace café ou un débat est en cours. Le journaliste Pierre Bigorgne échange avec trois jeunes sur leur façon de concevoir le voyage. L’une des intervenantes, Lucille Chauvin, présente son association « CinéCylclo » qui consiste à proposer des films aux populations éloignées grâce à un cinéma itinérant sportif. Sportif dans le sens ou la projection démarre uniquement si un spectateur pédale sur un vélo. Ce CinéCyclo permet à la fois de se cultiver, de faire des rencontres et du sport ! Le projet a déjà sillonné trois mille kilomètres à travers le Sénégal et diffusé cent films devant mille deux cent spectateurs.

Café-Débat entre le journaliste Pierre Bigorgne et de jeunes voyageurs.

L’ambiance est conviviale sur la péniche lyonnaise, des voyageurs de tous les pays échangent et partagent sur leurs projets tout en grignotant quelques tartes faites maison. Deux étudiants demandent conseil à un groupe d’amis pour leur prochaine aventure au Pérou, quelques retraités programment leurs futures randonnées. Dans le même temps ont lieu de retrouvailles spontanés entre un grimpeur et son sherpa népalais qui ne s’étaient pas vu depuis leur ascension de l’Everest il y a trente-trois ans. La péniche est envahie par les souvenirs et les rêves de voyage de chacun.

Dimanche nous retournons sur la Plateforme pour la dernière projection de notre weekend. C’est depuis les sous sols de notre péniche voyageuse que nous empruntons la célèbre route de la soie au coté de deux amis musiciens et leurs vielles motos indienne. Leur périple est marqué d’étapes en Inde, au Népal, en Ouzbékistan ou encore en Serbie. Les deux amis mélomanes enregistrent les plus belles chansons traditionnelles de chaque pays qu’ils traversent, dix sept au total. L’un d’eux nous témoigne, à la fin de la projection, à quel point se voyage itinérant lui à apporté autant culturellement qu’humainement.

C’est avec un pincement au cœur que nous quittons pour la dernière fois cette péniche qui nous aura fait voyager pendant quatre jours. Le même sentiment de retour de voyage nous habite pendant que nous marchons dans les rues du 7ème arrondissement. Comme si ce petit festival, grâce à ses soixante bénévoles, nous avait emmené loin de Lyon le temps d’un weekend. Nous rentrons chez nous des voyages plein la tête et avons encore plus hâte de nous envoler à notre tour découvrir ces nombreux paysages de rêves.

Alice Dossin Casalis

Les films vus :

La bergère des glaces de Christiane Mordelet et Stanzin Dorjai Gya

Octobre Blanc de Christophe Raylat

Lost in the Sweel, le paradis perdu de Ronan Gladu

A musical journey on the silk route de Sylvain Liard