Le Secret de la Chambre noire, premier film français de Kiyoshi Kurosawa - Le Lumière

Le Secret de la Chambre noire, premier film français de Kiyoshi Kurosawa


D’abord appelé « Daguérréotype », puis « Le Mystère de la femme argentique », le titre définitif du dernier film de Kyoshi Kurosawa est Le Secret de la chambre noire. Trois titres différents, mais on retrouve à chaque fois une même idée, celle de la photographie. Rajoutez à cela le mystère et le secret, et vous voilà plongés dans un thriller sophistiqué aux prises avec l’art.

Jean se met au service de Stéphane Hegray, photographe retiré dans sa maison. Il a pour modèle principal sa propre fille, Marie. On parle bien sûr du procédé qu’utilise l’artiste, à savoir la technique ancienne du daguerréotype. Ancêtre de la photographie, il s’agit d’utiliser non pas une pellicule négative mais directement une plaque positive composée d’argent pur, que l’on soumet ensuite aux vapeurs de mercure afin de révéler l’image. Mais le temps de pose est plus long et les modèles doivent rester plusieurs minutes sans bouger afin que la capture se fasse nettement.

Deux trois précisions pour ceux qui ne connaîtraient pas Kiyoshi Kurosawa (rien à voir avec Akira). Découvert en France à la fin des années 90, il est connu pour ses films d’épouvante, alors qu’il a abordé plusieurs autres genres tout au long de sa carrière. Une quasi-constante se retrouve tout de même : les fantômes. Initialement effrayants, Kurosawa avait montré un fantôme gentil dans son touchant Vers l’autre rive. Avec Le Secret de la chambre noire, on retrouve un retour au cinéma de genre sans pour autant tomber dans l’épouvante pure. Le drame romantique et le thriller sont ici justement mêlés, sans que l’un ne prenne le pas sur l’autre.

En mettant de côté le genre horrifique, Kurosawa met un peu plus à nu ses réflexions sur l’art et sur le couple. La métaphore de la photographie qui capture et enferme l’autre ne cesse de se développer au fil du film. On pourrait presque opposer la vie du cinéma en mouvement, et la mort apparente de la photographie qui fige. L’obsession qu’a Stéphane Hegray (joué par Olivier Gourmet) à prendre en photo sa fille, au point de l’immobiliser pendant 60 minutes est ainsi effrayante en elle-même. Lui et sa maison ont pour capacité de transformer les choses en d’autres, en les faisant se plier à leur volonté, en les vampirisant.

Jean, interprété par Tahar Rahim, est d’abord observateur de la situation et se retrouve brutalement acteur. Il veut prendre en main son destin, en essayant d’aider Marie, sous l’emprise insidieuse de son père. Là, on est plutôt dans le drame amoureux, mais la poésie est bien présente et Constance Rousseau qui interprète Marie est tout simplement fabuleuse. Regardez bien ses yeux : tantôt plein de vie, tantôt glaçants, ils sont la marque d’une actrice épatante.

Le Secret de la Chambre noire est également marquant pour le réalisateur nippon puisqu’il s’agit d’une production franco-belge. Le tournage s’est donc fait par traduction interposée, sans que cela ne se ressente dans l’œuvre finale. Bref, ça sort le 8 mars et c’est à voir.

Alexandre Léaud