L’abandon des interprètes afghans de l’armée française - Le Lumière

L’abandon des interprètes afghans de l’armée française


Ils étaient les principaux liens entre la population et l’armée française présente sur le sol afghan entre 2001 et 2014. Ils se retrouvent aujourd’hui abandonnés. Ce sont plus de 150 interprètes afghans actuellement piégés dans leur propre pays qui attendent une protection de l’état français.

Durant 13 ans, 700 afghans ont travaillé sur place avec les forces de l’armée française, en tant que conducteurs, cuisiniers, mécaniciens ou encore interprètes. Sur un total de 252 traducteurs, seuls 100 ont obtenu un visa pour la France.

Depuis le retrait total des forces françaises du sol afghan en 2014, beaucoup se sentent abandonnés et vivent dans des conditions très difficiles. En effet, ces hommes sont perçus comme des traitres par les talibans qui les accusent d’avoir « collaboré avec l’ennemi ». Leurs vies et celles de leurs familles sont donc en danger.

La plupart d’entre eux vivent reclus et changent régulièrement d’habitation pour éviter de se faire repérer. Beaucoup ne peuvent plus sortir de chez eux pour travailler et nourrir leurs familles. Ils en sont réduits à vivre comme des fugitifs dans leur propre pays.

Le 10 janvier dernier, l’association des anciens interprètes afghans manifestait sur l’esplanade des invalides afin d’obtenir des visas pour leurs semblables toujours en Afghanistan. Le président de l’association, Abdul Raziq Adil témoigne dans une interview à France TV Info que deux de ses collègues ont étés assassinés par les talibans.

Momand Daryouch, traducteur pour l’armée française de 2008 à 2014, a, quant à lui, fait part de son sentiment d’abandon : « On a partagé les risques avec les militaires français, on se sent frères d’armes avec eux et aujourd’hui, ils nous laissent tomber ».

Certains sont dans un tel danger qu’ils se retrouvent obligés d’essayer de rejoindre l’Europe clandestinement.

Ne comprenant pas le silence de l’administration française face à de telles menaces, un collectif d’avocats s’est constitué pour soutenir la cause de ces interprètes ayant le statut de PCRL (Personnels Civils de Recrutement Local). Françoise Garde, l’une des avocates du collectif, affirme que, désormais, chaque refus de visa fera l’objet d’une suite judiciaire. Les visas sont effectivement délivrés au compte goutte et les motifs des refus ne sont pas exprimés. Le collectif d’avocats met en avant la responsabilité de l’État en s’appuyant sur la loi de 1983 qui oblige L’État à protéger ses fonctionnaires et ses contractuels en cas de menaces qui seraient les conséquences de l’exercice de leurs fonctions.

C’est grâce à leurs mobilisations et à la constitution d’importants dossiers que ce collectif d’avocats essaye, aux cotés des interprètes afghans déjà arrivés en France, de faire réagir les autorités.

Les mobilisations sont indispensables pour que l’État Français remplisse son rôle protecteur envers ces personnes qui l’ont aidé, afin d’éviter qu’un drame comme celui des harkis ne se reproduise.

 

L’association des anciens interprètes afghans de l’armée française devant les invalides. Mardi 10 janvier 2017. Huffington Post/Pierre Tremblay