Jour de pluie : l'histoire par l'humour - Le Lumière

Jour de pluie : l’histoire par l’humour


Qui a dit que les youtubeurs n’étaient bons qu’à faire des partenariats, unboxings (comprenez : ouverture de colis) et mises au point ? Le pari de Jhon-Rachid ? Apprendre par l’humour. Il a donc mis en ligne « Jour de pluie », son tout premier court-métrage. Il est réalisé par Antoine Barillot et produit par Miniprod ainsi que des milliers d’abonnés du vidéaste lyonnais grâce à une cagnotte en ligne. Un projet collectif qui fait la fierté de Mohamed (Jhon-Rachid, de son nom de scène, ndlr). Le rendez-vous était donné sur Youtube, le 17 octobre dernier, date anniversaire des tragiques événements de 1961 à Paris.

 

C’est dans un climat de tension que les Algériens dénoncent, lors d’une manifestation pacifiste organisée par les représentants du Front National de Libération (FLN) en France, le couvre-feu imposé par l’Etat. Cette restriction étouffe leur liberté, déjà bien réduite depuis 1954 et le début des combats entre l’armée française et le FLN. Le rassemblement fera deux-cents morts, une cinquantaine de blessés et des milliers d’individus traumatisés. Des Algériens furent jetés dans la Seine, entre autres actes répressifs ordonnés par le préfet Papon alors en place. Dans un contexte politico-social tendu pendant la Guerre d’indépendance de l’Algérie, particulièrement violente et sanglante, ce sont en réalité des milliers d’êtres humains qui se retrouvent brisés par la France, pays des droits de l’Homme. Une censure qui en dit long sur les intentions du pays au célèbre slogan « Liberté, égalité, fraternité » à l’époque.

Et c’est sur cette bipolarité que joue Jhon-Rachid, soulignant dans son tout premier film le rôle colonisateur et destructeur de la France. Le youtubeur regrette de ne pas avoir été mieux informé à l’école, où selon lui la Guerre d’Indépendance n’est que très légèrement évoquée. Mais il déplore également que les médias ne reviennent que très rarement sur les événements du 17 octobre, passant sous silence non seulement cette catastrophe mais globalement une guerre qui a marqué les esprits mais que l’on cache. Alors il souhaite apprendre et nous apprendre grâce à ce qu’il sait faire de mieux : faire rire.  Et pour ce faire, il a su s’entourer d’une pointure du cinéma français: Gilbert Melki. Douleur, tristesse, colère, rires,  tout cela en seulement un quart d’heure de vidéo. Le scénario est banal mais lourd de sens : deux amis, l’un est français, fier de sa patrie mais honteux de ses actes passés, l’autre est algérien, quelque peu ignorant de son histoire nationale, aigri par la colonisation mais ayant soif d’apprendre. Entre reproches et volonté d’union, c’est une belle leçon de vie qu’offre « Jour de pluie ». Happés dans les années 1960, le 17 octobre 1961 plus précisément, les personnages rendent compte d’une désinformation presque totale sur la question de la colonisation française en Algérie et de celle du traitement des français d’origine algérienne. Les problèmes d’intégration du XXIème siècle paraissent dérisoires à côté de la violente répression des années 1960 pour Mohamed et Raphaël (les deux amis, ndlr). Mais le youtubeur donne le ton en jouant sur l’étonnement de l’un de ses personnages, un barman, offusqué qu’en 2017 on rencontre encore des problèmes quand on est fils ou petit-fils d’immigré en France.

 

Source: YouTube.

Encore aujourd’hui, la nation fait l’objet de nombreux débats, on dénonce un deux poids/deux mesures, il faut se rappeler de la France héroïque mais pas de la France barbare, cruelle, auteure de massacres aussi horrifiants que révoltants. Quand Emmanuel Macron, alors candidat à l’élection présidentielle, se rendait à Alger pour dénoncer un crime contre l’humanité et demander à l’hexagone de reconnaître ses actes, c’est Marine Le Pen qui opéra à une nouvelle censure. Même si l’on connaît l’implication de son père lors des tortures affligées par l’armée française à des milliers d’Algériens, on peut s’interroger sur les motivations de la présidente du FN, outrée par les propos de l’ancien ministre de l’économie et exigeant de lui qu’il revienne sur ses dires.

L’union fait la force, mais Jhon-Rachid montre que le chemin est encore long avant d’obtenir cette paix franco-algérienne tant espérée, à l’heure où la France a encore du mal à faire face à son histoire.