Jérémy Ferrari : Vend deux pièces à Beyrouth - Le Lumière

Jérémy Ferrari : Vend deux pièces à Beyrouth


Mercredi 30 novembre, Bourse du travail, deuxième soirée consécutive où Jérémy Ferrari, humoriste adepte de l’humour noir, se produit sur la scène lyonnaise. Il est 20h45 lorsque dans la salle, quasiment pleine (à l’exception de quelques pauvres sièges vides), les lumières s’éteignent. La mise en scène de Jérémy Ferrari se révèle soudainement, des bruits assourdissants résonnent dans la salle, c’est la guerre. À cet instant, le ressenti est incroyable de par ce subtil jeu de son et de lumière qui fait office de mise en abîme au spectacle. Puis la lumière revient, une musique entraînante et rythmée prend le relai du vacarme des sons précédents. Jérémy Ferrari apparait alors à la foule par à-coups de lumière clair-obscur (lumière ou noir complet). Il est accueilli par un tonnerre d’applaudissements. Ce qu’on notera dans cette première apparition, et qui le suivra d’ailleurs dans le restant du spectacle, c’est sa vivacité et son dynamisme sur scène.

Photo de l'affiche du spectacle

 

Le spectacle : Vend deux pièces à Beyrouth

Même si le départ, dû à cette mise en scène incroyable, semblait prometteur, il fallut qu’il y ait quelques points noirs. En effet, si son contact avec le public avait été fortement félicité dans ses précédentes représentations, dans la réalité, pour ceux qui, comme moi, se trouvaient sur le balcon, le premier instant « improvisation-interaction » du spectacle s’est fait ressentir comme long et frustrant. Effectivement, ne pouvant voir, ni lui, ni les personnes avec qui il interagissait, seul restait le son. Ce qui indéniablement n’est pas suffisant à provoquer le rire ou le contentement dans ce genre de situation. Mais fort heureusement, Ferrari remonte rapidement sur scène accompagné de sa seconde victime de la soirée, son « garde du fond de la salle en cas d’attaque terroriste », le dénommé Sébastien.

Image de Jérémy ferrari en spectacle, dans l'émission
Image de Jérémy Ferrari en spectacle

 

Tout au long de la soirée, Ferrari aura su garder un contact incroyable avec son public, avec des improvisations hilarantes. Avec une mention spéciale pour ses propres moments de fous rires sincères sur scène, un beau cadeau pour ses spectateurs. L’un des moments les plus drôles, autant pour son public que pour lui-même, survient lorsque pour un sketch, il interroge l’un des spectateurs du premier rang sur son métier. Ce à quoi le monsieur répond : « Je suis un homme de lettres ». C’est déjà un premier instant de rire pour les spectateurs ainsi que pour l’humoriste qui lui rétorque, d’un ton railleur, que l’on utilise cette appellation pour « des grands auteurs déjà morts, comme Victor Hugo !… si c’est pour me dire que vous êtes professeur de français pour une classe de 3ème, c’est du n’importe quoi ». Mais contre toute attente, l’homme lui répond qu’il est facteur… provoquant l’hilarité générale.

 

Un spectacle à controverse

Comme on peut s’y attendre de la part de Jérémy Ferrari, ce spectacle n’est pas une petite caricature rigolote du quotidien (comme de nombreux humoristes savent si bien le faire). En effet, si dans son premier spectacle il touchait la limite du politiquement correct en s’attaquant à une analyse humoristique des religions, dans ce spectacle-ci, on peut se rendre compte qu’il va encore plus loin. On ressent même un engagement de sa propre personne dans la dénonciation de certaines causes que nous verrons plus tard. Pour certains, ses sketchs ont très fortement déplu, jugés trop « borderline ». Lors d’une interview dans l’émission « Quotidien », Yann Barthès exposait le fait qu’à ses premières représentations, des gens quittaient la salle pendant le spectacle, ce à quoi Ferrari avait répondu « Oui mais encore maintenant, j’en suis très fier, y’a des gens qui quittent la salle […] Oui mais c’est un peu comme les montagnes russes mon spectacle, les gens ils ont peur d’entrer […] la première fois que tu le fais des fois tu vomis, bon bah y’a des gens, ils viennent voir mon spectacle et au bout de quelques minutes ils font « Oh mais c’est beaucoup trop » et j’trouve ça dommage parce que ils partent les 5 premières minutes généralement […] et ils devraient rester parce que dès qu’on attaque le conflit israélo-palestinien on retrouve une légèreté dans la salle […] ». Si vous voulez retrouver l’interview complète, voici le lien : http://bit.ly/2h9Chxs

 

Jérémy Ferrari, seulement un humoriste ?

Jérémy Ferrari est un grand adepte de l’humour noir, aussi faut-il savoir pratiquer le second degré si l’on souhaite assister à son spectacle. Si l’on n’apprécie pas la vulgarité, mieux vaut passer son chemin, car Ferrari se fout des règles de bienséance. Toutes ces choses pourraient, en soi, faire la faiblesse de Jérémy Ferrari, mais le fait qu’il soit dans un format différent de ses collègues humoristes lui offre un public différent, ce qui en fait donc sa force. Nombre de ses sketchs sont sur des sujets sensibles, comme celui sur le pompiste qui a retrouvé les frères Kouachi, et où il s’imagine la réaction du pompiste lorsqu’il découvre les deux terroristes dans sa station-service. Ou encore le sketch où il réexplique toute l’histoire du conflit Israélo-Palestinien en remontant jusqu’à la base historique de la religion musulmane. Puis celui qui parle du recrutement de guerriers pour le Djihad. Tous ces sujets sensibles tournés à l’humour noir, poussé jusqu’aux limites de ce qui peut être entendu. Tout le long du spectacle, on entend ses voisins dire « il a osé ! » ou « non il a vraiment dit ça », « Oh, il n’aurait pas dû », accompagnés de rires.

Jérémy Ferrari réalisant son skecth sur le Djihad
Jérémy Ferrari réalisant son sketch sur le Djihad

 

Le spectacle dure 2h30, c’est certes un peu long, mais derrière cette longueur, on ressent le travail de fond, de recherche de l’humoriste qui n’a pas écrit ses sketchs au hasard. Il sait que tout le monde n’acceptera pas le contenu de son spectacle, mais il a des choses à dire et il les dit ; il estime que c’est à cela que sert sa liberté d’expression. Libre à son public d’accepter ou non le contenu de ses discours. Même s’il est un peu moralisateur et donneur de leçon, ce spectacle fait réfléchir, notamment le dernier sketch dédié aux ONG et notamment à « Action contre la aimf» (ainsi nommé par lui-même pour « éviter les problèmes avec Action contre la faim »). On peut lui reprocher de parler au hasard, de dénoncer sans preuve mais Jérémy Ferrari a pensé à tout : il a mis deux ans à tout préparer. Il a interrogé des personnes de l’armée (israélienne ou française), des professeurs, il a lu des livres sur les sujets qu’il traite dans son spectacle. Il a fait son maximum pour pouvoir offrir à son public des sources réelles. D’ailleurs pour voir ses sources « vérifiées », elles sont toutes en lignes sur son site officiel en fichier zip de 1Go, en voici le lien : http://bit.ly/2gm20ih.

 

Jérémy Ferrari faisant une standing ovation où il se produisait aux folies bergères pour la 9ème fois, un spectacle complet 9 fois
Jérémy Ferrari faisant une standing ovation lorsqu’il se produisait aux folies bergères pour la neuvième fois