Illusions perdues d'une utopie universitaire - Le Lumière

Illusions perdues d’une utopie universitaire


Face au coût certain de l’éducation pour le gouvernement, APB semble être un échappatoire à une réelle réforme des universités. Considérée comme peu rentable – puisqu’il faut maintenant penser libéral -, le gouvernement peine à améliorer les infrastructures d’enseignement, voire même fait en sorte de les minimiser.

Sous le sigle APB se cache une véritable utopie universitaire : offrir à tous les bacheliers une formation, et si possible leur voie de prédilection. Pour une administration de plus en plus avide d’algorithmes et de probabilités, APB s’avère être le meilleur des subterfuges. La liste des formations proposées semble ne jamais aboutir, et pourtant seulement 56,4% des étudiants ont obtenu leur premier choix sur la plateforme.

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Une sélection sociale

Au-delà des tirages au sort et autres astuces pour cacher une absence criante de réelles réformes, la sélection est sociale. Les étudiants sont censés avoir une place dans le supérieur qui corresponde à leurs aspirations et à leurs contraintes géographiques. Qui peut aller suivre des études à l’autre bout de la France ?

Sans réelle aide financière, aller faire ses études à plus de 300 kilomètres de chez soi parait peu probant. Or, pour beaucoup trop de filières, partir s’impose comme la seule opportunité. Pour beaucoup de bacheliers, avoir des places dans les universités alentours s’avère compliqué – allez donc étudier l’archéologie à Caen – sans même parler des filières en « tension » (STAPS, psychologie, etc.). Ces filières sur-demandées sont inévitablement sujettes au tirage au sort.

 

Page d'accueil de la plateforme APB.
https://www.admission-postbac.fr/index.php?desc=accueilM#openModal

 

APB, miroir de l’échec d’une sélection universitaire

L’avenir des étudiants est alors basé sur des algorithmes opaques, suscitant progressivement désespoir et colère chez ses étudiants avec le bac en poche. L’hypocrisie gouvernementale réside alors sur ce simple constat : puisqu’il ne faut pas sélectionner l’entrée à l’université sur dossier, autant procéder au hasard.

APB et son tirage au sort emblématique apparait alors comme un écran de fumée face à une réelle volonté d’investir dans des infrastructures universitaires. Sans pour autant fournir plus d’équipements et d’enseignants, le ministère demande aux universités de pousser les murs pour faire entrer tout le monde. Quelques centaines de places ont pu ainsi être débloquées, notamment dans la filière STAPS de plus en plus demandée. Les universités, les salles d’amphi et les enseignants ne sont pas extensibles au bon vouloir, et avec 40 000 étudiants en plus chaque année, la rentrée 2018 va être des plus rudes si aucune solution n’est trouvée.

C’est naturellement que le budget de l’éducation nationale sera en hausse en 2018. Les dernières prérogatives indiquent toutefois que le budget ne se focalise pas sur l’enseignement supérieur mais se concentre essentiellement sur l’école primaire et l’éducation prioritaire – sans pour autant prévoir plus de recrutements dans ces domaines.

 

Des prémices de solutions

Suite aux polémiques autour de la session 2017 d’APB, La CNIL (Commission Nationale Informatique et Libertés) a été conviée dès le début de l’été pour trouver des solutions à cette infrastructure à bout de souffle.

Dans un communiqué du 28 septembre, la CNIL demande au ministère de l’éducation de « cesser de prendre des décisions concernant des personnes sur le seul fondement d’un algorithme » et de faire preuve de plus de « transparence ».

Le ministère a désormais 3 mois pour convenir aux prérogatives de la CNIL, et rendre plus humaine l’admission dans le supérieur. Frédérique Vidal (actuelle ministre de l’éducation), en réaction à cette décision, insiste sur trois points essentiels selon elle pour tourner la page de cette plate-forme archaïque : transparence, suppression totale du tirage au sort et humanisation du dispositif.

Il ne reste plus qu’à savoir ce qui sera mis en place pour parvenir à ces objectifs.