Grammys : strass, paillettes et coup de pied dans la fourmilière - Le Lumière

Grammys : strass, paillettes et coup de pied dans la fourmilière


Entre strass, paillettes et déceptions, la 59ème cérémonie des Grammy Awards n’a laissé personne indifférent. C’est au Staples Center de Los Angeles que tout le gratin de la musique s’est réuni le dimanche 12 février dernier. Animée pour la première fois par le très populaire animateur du Carpool Karaoke James Corden, la soirée a été ponctuée par la remise des Grammys, prix réputés comme les plus prestigieux au monde. On note aussi les performances exceptionnelles des nombreuses célébrités ayant répondu présentes à l’événement, certaines ayant ponctué le show de discours, donnant une teinte politique au rendez-vous annuel.

ÉCHEC ET MAT POUR ADÈLE ET BIG UP À BEYONCÉ

La chanteuse britannique de 28 ans a raflé pas moins de 5 Grammys dont ceux du meilleur enregistrement, de la chanson de l’année et de la meilleure performance solo pour son titre phare « Hello », ainsi que celui du meilleur album pop et de l’album de l’année concernant son troisième opus 25. A force de travail, de détermination et d’envie, Adèle touche enfin son rêve du bout des doigts et elle le mérite amplement. Cette artiste perfectionniste a pourtant décidé de casser son award en deux en hommage à Beyoncé. Un geste symbolique pour exprimer au monde entier son mécontentement face aux résultats annonçant le vainqueur du Grammy de l’album de l’année.

 « Je ne peux pas accepter ce prix, je suis très émue, très reconnaissante, mais Beyoncé est l’artiste de ma vie, et cet album, pour moi, Lemonade, était juste si monumental. Beyoncé, il était si monumental et tellement bien pensé, tellement magnifique, incarné. On a eu la chance de voir un de tes côtés que tu ne nous laisses pas toujours voir, et nous y sommes sensibles ». Elle ne manque pas de remercier chaleureusement son public mais ajoute, en larmes : « Lemonade était mon album de l’année, Beyoncé est l’icône de ma vie. Elle fait de la musique qui compte depuis si longtemps: qu’est-ce qu’elle doit faire pour gagner le prix de l’album de l’année ? ».

Une remarque qui en dit long sur les critères de sélection des gagnants de chaque catégorie de la célèbre institution des Grammy Awards. En effet, depuis la création de la cérémonie en 1958 et en dépit des talents de l’industrie du disque et des petites pépites qui ont fait l’âge d’or de l’hexagone, seulement dix artistes noirs ont remporté le Grammy très convoité de l’album de l’année.

  • Stevie Wonder – Innervisions (1974), Fullfilingness’ First Finale (1975), Songs in the Key of Life (1977)
  • Michael Jackson – Thriller (1984)
  • Lionel Richie – All Night Long (1985)
  • Quincy Jones – Back On the Block (1991)
  • Natalie Cole – Unforgettable…with Love (1992)
  • Whitney Houston – The Bodyguard: Original Soundtrack (1994)
  • Lauryn Hill – The Miseducation of Lauryn Hill (1999)
  • Outkast – Speakerboxxx/The Love Below (2004)
  • Ray Charles – Genius Loves Company (2005)
  • Herbie Hancock – River: The Joni Letters (2008).

 

Peut-on parler d’un boycott des 13 professionnels choisissant scrupuleusement l’ultime vainqueur chaque année ?

Beaucoup d’internautes se sont indignés sur la toile, soulevant un racisme caché des Grammys avec notamment le hashtag #GrammysSoWhite (après le célèbre #OscarsSoWhite en réponse aux trop rares acteurs de couleur présents lors de la fameuse cérémonie). 1989 de Taylor Swift avait par exemple été préféré à Kendrick Lamar et son album Pimp a Butterfly l’année dernière. « Sans conteste l’un des moments télé les plus viciés » selon Franck Ocean qui écrit une lettre ouverte sur Tumblr aux producteurs des Grammys, ayant refusé de présenter Blonde aux nominations : « Si ça vous tente de discuter des préjugés culturels et des dommages nerveux dont le spectacle que vous produisez souffre, je suis partant ». Kanye West, Drake (meilleure performance rap et meilleure chanson rap de l’année avec « Hotline Bling ») et Justin Bieber ont également boudé l’événement. Nul doute que d’autres artistes leur emboîtent le pas dès l’année prochaine si les Grammys persistent dans leur entre-soi.

Point positif, Queen B remporte (quand même) deux prix : celui du meilleur album urbain contemporain et du meilleur clip avec respectivement Lemonade et « Formation ». Dans ce dernier, tourné à la Nouvelle-Orléans, elle retrace son parcours et met l’accent sur les violences policières dont la communauté noire reste l’une des principales victimes. Une touche d’exotisme et un album visuel sensationnel que nous dévoile B. Mais c’était aussi la soirée de Chance The Rapper, petit nouveau qui connaît une ascension fulgurante. Il se voit être récompensé des prix de révélation de l’année et du meilleur album rap avec Coloring Book, devançant ainsi les dinosaures du rap US Kanye West (avec The Life of Pablo) et Drake (avec Views).

A noter qu’Anti, chef-d’œuvre auditif, n’a pas retenu l’attention du jury. Rihanna repart donc bredouille.

David Bowie, quant à lui, a remporté trois Grammys posthum, rien que ça, ceux de meilleure chanson rock, de meilleure performance rock et de meilleur album rock, une consécration pour un artiste qui aura reçu plus de prix après sa mort que de son vivant.

BEYONCE, LA VRAIE REINE DU BAL

La star internationale, malgré moult rebondissements, n’a pas manqué de nous éblouir, comme à son habitude. Elle offre ainsi une performance mémorable tant vocalement que visuellement avec un medley de ses plus grands tubes, sur le thème de la maternité, vêtue d’une sublime robe dorée et coiffée d’une couronne, le tout complété d’un collier tribal.

On note aussi les nombreux duos qui ont rythmé la soirée : Alicia Keys & Maren Morris sur « Once », Metallica & Lady Gaga interprétant « Moth into Flame » et Demi Lovato & Tori Kelly rendant hommage aux Bee Gees. Adèle sublime du George Michael et Bruno Mars offre, quant à lui, une tribune à Prince, entonnant « Let’s go crazy », grimmé et arborant une veste à paillettes violette.

« RESIST ! RESIST ! »

C’est le slogan du groupe de rap A Tribe Called Quest qui n’a pas hésité à exprimer son désaccord avec le programme du président Donald Trump et la politique qu’il mène depuis ses 100 premiers jours d’exercice. Dénoncer par la caricature, voilà leur credo. Comparant ses cheveux à une sorte d’orange, il fait notamment référence au défoliant très utilisé par les États-Unis pendant la guerre du Vietnam.

« Vous les Noirs, vous devez partir, vous les pauvres, vous devez partir, vous les Mexicains, vous devez partir, vous les musulmans et homosexuels, on déteste vos façons (d’être) alors vous les mauvais gens vous devez partir ». Les rappeurs pointent du doigt le Muslim Ban, décret anti-immigration interdisant à 7 nationalités d’entrer sur le territoire américain mais également les idées dangereuses de l’extrême-droite visant la classe populaire et les différentes communautés cohabitant dans l’hexagone.

« Nevertheless, she persisted »

Katy Perry, chanteuse réputée pour sa carrière de renom mais également pour son engagement féministe, est apparue sur la scène des Grammy Awards arborant un bandana au bras droit laissant apparaître le mot « persist ». Comme à son habitude, l’interprète de « Firework » ne laisse rien au hasard. Elle a donc clairement affiché son soutien à la sénatrice démocrate Elizabeth Warren, violemment interrompue par son collègue républicain Mitch McConnell lorsqu’elle expliquait pourquoi l’idée de nommer le très controversé Jeff Sessions au poste de Ministre de la justice était à bannir fermement. En effet, ce juge est très souvent accusé de racisme et connu pour avoir exprimé à maintes reprises sa haine de l’autre et ses idées extrémistes. Mais cela n’a pas empêché la majorité républicaine de faire taire Warren et de clore le débat d’un brutal: « Elle a été avertie. On lui a donné une explication. Malgré tout, elle a persisté ».

On ne le dira jamais assez, mais derrière les millions de dollars, les soirées mondaines et les robes hors de prix, la célébrité permet une mise en lumière non négligeable des grands enjeux de notre société. Strass, paillettes et coup de pied dans la fourmilière.