“Faire entendre le camp des travailleurs” : Retour sur le meeting de Nathalie Arthaud

“Faire entendre le camp des travailleurs” : Retour sur le meeting de Nathalie Arthaud


Mercredi 12 avril 2017, dans la salle Joliot-Curie à Vénissieux, se tenait le meeting de Nathalie Arthaud. La candidate de Lutte Ouvrière a profité de l’occasion pour réaffirmer ses engagements, devant un public peu nombreux, mais conquis.

Au lendemain du meeting de Philippe Poutou dans la même salle de Vénissieux, Nathalie Arthaud, candidate à l’élection présidentielle pour le parti Lutte Ouvrière, s’est exprimée devant plus de 300 personnes et de nombreux journalistes. La majorité des places était occupée par des partisans, drapeaux et poings levés. Dès le début du meeting, les spectateurs entament plusieurs slogans et la chanson, qui clôturera aussi le meeting, “La lutte finale”. Arrivée à 20h15, elle monte sur l’estrade avec 5 autres personnes, qui commenceront le meeting.

Inconnus du grand public, mais reconnus par les militants locaux, ces cinq alliés sont des futurs candidats aux législatives dans les circonscriptions lyonnaises. Michel Piot, Nadia Bouhami, Tristan Teyssier et Olivier Minoux travaillent dans des entreprises et sont confrontés chaque jour à de nombreuses difficultés. Le cas des intérimaires, la main-d’oeuvre flexible, le manque de CDI, la suppression des postes, les heures supplémentaires non payées, autant d’éléments évoqués qui posent les bases du meeting. Ces quatre ouvriers sont accompagnés par Marie Christine Seeman, retraitée des hospices de Lyon, qui est l’animatrice de l’événement. Elle donne alors la parole à Nathalie Arthaud pour qu’elle puisse s’exprimer devant les gens venus l’écouter, et les caméras, nombreuses ce soir-là.

 

La candidate de Lutte Ouvrière gardera un cap tout au long de son discours : nous vivons dans une société dictée par la bourgeoisie, par le patronat. Et c’est avec ce constat qu’elle commence son élocution.

Nathalie Arthaud explique que les grands patrons exploitent les petits, les ouvriers, les sous-traitants. Elle s’indigne de voir une lutte des classes si “schématique, caricaturale et violente”, en donnant l’exemple de diverses entreprises. Comme Michelin qui a décidé de laisser 14% de ses bénéfices aux dividendes et 1% pour les salaires. Devant de telles situations, la candidate demande de ne pas se laisser abuser, et de regarder qui “tient les ficelles.” Elle insiste sur le fait que le patronat n’est rien sans les ouvriers, que sans “nous”, “ils” ne peuvent rien faire. “Nous sommes mille fois plus légitimes à représenter le peuple qu’eux”.

            “Nous produisons toutes les richesses, y compris les profits et les produits de luxe réservés à une minorité. Les progrès des transports, des techniques, de la médecine, c’est nous ! Ensemble, nous faisons fonctionner la société.”

En découlent plusieurs propositions “de lutte”. Tout d’abord, elle souhaite créer de nouveaux emplois pour les milliers de jeunes qui arrivent sur le monde du travail, déjà en crise.

Pour combattre le chômage, elle explique qu’il faut répartir le travail entre tous, pour que chacun puisse travailler. “Il faut interdire les licenciements et les plans de suppressions d’emplois”. Cela soulagerait ceux qui actuellement travaillent, en baissant le nombre d’heures travaillées, mais en augmentant les salaires.

Car Nathalie Arthaud explique que pour compenser la perte de pouvoir d’achat des dernières années, et pour offrir à chacun une existence digne, il faut augmenter les salaires et les pensions de 300€. Elle ajoute qu’aucun salaire ne doit être inférieur à 1800€, ce qui correspond au “vrai coût de la vie”.

Autre proposition expliquée, celle de la suppression du secret des affaires. La candidate présente une situation récurrente, où les patrons décident de licencier, de délocaliser ou de fermer l’entreprise, se justifiant par la situation économique actuelle. Cependant, Nathalie Arthaud souhaite savoir “ce qui se passe derrière”. Il faut selon elle, “abolir le secret des affaires” et supprimer le “secret professionnel”. C’est un devoir civique, et ce sont les salariés qui peuvent agir, car ils connaissent les informations sensibles de leurs entreprises. Les salariés doivent donc être “des lanceurs d’alertes”.

La candidate exprimera également sa position sur les réfugiés. Expliquant que “nous sommes tous dans la même galère”, elle fera le parallèle avec le Titanic, paquebot qui coulera, avec à son bord des gens de troisième comme de première classe”. “La société est aveugle, gérée par des capitalistes qui ne partiront pas tous seuls.” Et c’est aussi pour cela que Nathalie Arthaud est candidate à l’élection présidentielle. Pour laisser les ouvriers prendre la place à la “grande bourgeoisie”. Une bourgeoisie largement représentée, selon elle, dans cette campagne qui offre son lot de surprises.

Nathalie Arthaud

 

« Les candidats de la bourgeoisie »

“Avec un candidat mis en examen et une qui le sera bientôt”, en parlant de François Fillon et Marine Le Pen, Nathalie Arthaud explique que ces derniers ont été pris en flagrant délit de mensonges, mais qu’ils subsistent dans cette campagne, avec une “arrogance propre à la bourgeoisie”. Elle ajoute que, “quel que soit le président élu”, la France se retrouvera “sous la coupe du patronat”, car personne ne représente les intérêts des travailleurs. S’en suivront quelques minutes pour chaque “grand candidat” que sont François Fillon, Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon.

François Fillon, elle le considère comme un “fidèle serviteur” de la classe bourgeoise, qui ne cesse “de dire aux travailleurs qu’ils sont trop payés alors qu’ils empochent eux, des milliers d’euros par mois sans rien faire de leurs dix doigts”. Un portrait motivé par les dernières affaires du candidat des Républicains. Elle définit Emmanuel Macron comme “l’enfant de Hollande et Sarkozy, fiancé à Bayrou”, qui en étant resté deux ans au pouvoir, a promulgué “deux lois anti-ouvrières : la loi Macron et la Loi El Khomri”. Marine Le Pen, “c’est la même politique que les autres, mais en étant plus dur avec les immigrés et tout le monde”. Le candidat Benoît Hamon a lui “repris la ritournelle du PS”, et son revenu universel “s’est doucement modifié, devenant un RSA caché”. Quant à Jean-Luc Mélenchon, “il récupère les déçus du PS”, en expliquant que si la situation actuelle est difficile “c’est à cause de celui qui mène le pays”, et donc avec lui, tout va s’arranger.

Des portraits peu flatteurs, mais Nathalie Arthaud sait que le prochain président de la République est très probablement l’un d’eux. Restant lucide, la candidate de Lutte Ouvrière explique qu’elle n’a jamais rêvé de l’Elysée, mais qu’elle doit être présente dans le débat politique pour montrer une prise de conscience des Français, pour dénoncer la bourgeoisie. Car la candidate communiste, qui ne manque pas de le réaffirmer, explique clairement que voter pour elle, “c’est un vote de conscience, de collectivité et de combativité ouvrière”.

Elle clôture alors son discours de plus d’une heure, mais le meeting n’est toujours pas terminé. Les spectateurs peuvent poser leurs questions. Sa position sur la guerre en Syrie, la peur des dominés devenant dominants, la proximité de son programme avec celui de Philippe Poutou, autant de sujets abordés qu’elle commentera à la fin de la rencontre. Concernant les ressemblances avec Philippe Poutou, elle explique qu’ils ont eu raison de ne pas s’associer, car même si leurs idées sont parfois similaires, ils ont pu faire deux campagnes, avoir deux fois plus de présence dans les médias et en France, et toucher deux fois plus de français. Ces questions des spectateurs clôturent ce meeting de plus de trois heures, de la candidate de Lutte Ouvrière, Nathalie Arthaud.

Alors que les spectateurs sont invités à participer financièrement à la campagne, et à se procurer des drapeaux et des affiches de Lutte Ouvrière, nous en profitons pour questionner deux spectateurs.

 

Lutte Ourvrière

Le premier est Damien, 44 ans, professeur à Lyon.

 

“Qu’est qui vous donne envie de voter pour Nathalie Arthaud ?”

“Pour moi, elle s’attaque vraiment aux réels problèmes, elles fait de vraies propositions, elle explique en fait le noeud du problème. C’est le capitalisme. Alors ça, ça paraît invisible pour nous, mais voilà elle explique exactement dans le discours. Pour moi, elle s’attaque vraiment aux problèmes. Pour moi, les autres candidats ne s’attaquent pas aux vrais problèmes, en fait. Comme elle dit, il y en a c’est que pour les immigrés, c’est Marine Le Pen, voilà enfin. Pour moi elle s’attaque aux vrais problèmes.”

 

“Vous aviez voté pour elle en 2012 ?”

“Ah moi je vote pour elle depuis longtemps. Alors j’ai voté, avant, c’était pour Arlette Laguiller, j’ai toujours voter LO.”

 

“Que pensez-vous faire pour le second tour ? Aller voter ? S’abstenir ?”

“Alors bonne question, c’est vrai que après il y a des différences. Moi si vraiment au second tour il y avait Marine Le Pen contre Jean Luc Mélenchon, je voterais Mélenchon quoi, mais par contre si c’est Fillon contre Marine Le Pen, là je voterai pas.”

 

“Actuellement, les deux candidats les plus hauts dans les sondages sont Emmanuel Macron et Marine Le Pen”

“Ah oui, si il y avait les deux ? Euh, ni l’un ni l’autre, franchement ni l’un ni l’autre.”

 

“Selon vous, lequel des “grands candidats” est le “moins pire” ?”

“ Mélenchon, ouais ouais ouais, largement.”

 

Seconde personne rencontrée dans la foule, Elise, 48 ans, secrétaire à Lyon.

 

“Qu’est qui vous donne envie de voter pour Nathalie Arthaud ?”

“Déjà c’est quelqu’un que je connais personnellement, donc que j’ai connu dans un autre cadre, donc c’est quelqu’un qui, enfin selon moi, qui me paraît, qui est très sincère dans ses idées, par rapport aux autres politiciens que je vois à côté, enfin que j’écoute. Je les trouve pas très honnêtes. Et puis, je suis d’accord avec ses idées, qu’il faut renverser ce monde de capitaliste, que les richesses soient partagées, par d’autres. ”

 

“Vous aviez voté pour elle en 2012 ?”

“Oui, oui. Ca fait longtemps maintenant que je vote pour Lutte Ouvrière.”

 

“Que pensez-vous faire pour le second tour ? Aller voter ? S’abstenir ?”

“Je sais pas, ça va dépendre, de qui il y aura au second tour. En tout cas c’est sûr que je voterai pas pour monsieur fillon ni madame Le Pen, sûre et certaine.”

 

“Actuellement, les deux candidats les plus hauts dans les sondages sont Emmanuel Macron et Marine Le Pen”

“Oui non, je pense pas que je voterai pour Macron non plus. Dans l’hypothèse de Mélenchon, ce serait peut-être, mais comme elle dit, c’est cache misère.”

 

“Selon vous, lequel des “grands candidats” est le “moins pire” ?”

“Je pense pas qu’il y ai de moins pire. Je pense qu’il y a qu’une société qui doit bouger, qui devrait bouger. c’est sûr que c’est pas facile, mais je pense que ça fait peur aussi, ça peut faire peur mais voilà.”

 

Article rédigé par Léna Droguet.

Photos : Léna Droguet

Vidéo : Yvonne Gangloff