Les enfants meurtris par la République Française - Le Lumière

Les enfants meurtris par la République Française


Les enfants meurtris par la République Française

 

Retour sur la destruction d’une génération de Réunionnais.

 

La République. Elle est une belle création. Elle est une réponse à tous les autres régimes déjà essayés et rejetés par le peuple, qui sont plus barbares les uns que les autres. Elle est l’une des meilleures parce qu’elle voit chacun des individus comme ses propres enfants qu’elle doit nourrir, protéger et aimer. Elle ne fait aucune distinction. Elle est inclusive. Cependant, elle a beaucoup de part d’ombre et d’horreur dans son passé. Alors qu’elle devait mettre fin aux atrocités passées, voilà qu’elle est surprise à faire ces mêmes exactions. Ce crime, est celui de la Réunion. Il se trouve que, pendant plusieurs décennies, des abominations y ont eu lieu. Elles ont contribué au maintien du lent développement de l’île, ainsi qu’à la création de plaies au sein de la population.

Les prémices des crimes

La Réunion est un territoire de la République Française depuis sa départementalisation en 1946. L’île est située dans l’océan Indien, sur la côte Est de Madagascar, reste l’un des « derniers joyaux » de la France et de son ancien empire colonial, après l’indépendance de l’Algérie. La Réunion est en sous-développement économique et la croissance démographique croit à vive allure. Les problèmes de La Réunion ne font que commencer : pénurie de logement, chômage de masse et pauvreté.

En 1959, le président de la République de l’époque, Charles de Gaulle, accompagné par son premier ministre, Michel Debré, font un déplacement pour faire état des maux de l’île. Pour les secondes élections législatives de 1963, Michel Debré se fait parachuter à La Réunion. Il obtient alors son siège à l’assemblée nationale, sous fond de fraudes et d’entrave du scrutin envers des électeurs du parti communiste, alors en farouche opposition au ministre issu de la droite blanche républicaine de métropole. La même année, est publié au Journal Officiel du 7 Juin, la création d’ « une société d’Etat dite ‘Bureau pour le développement des migrations intéressant les départements d’outre-mer’ », aussi connu sous le nom de BUMIDOM.

Les mécanismes d’un acharnement

Les autorités ont décidé, pour faire face aux problèmes démographiques, de proposer un programme où  les jeunes réunionnais pourraient partir en métropole y faire une partie de leur vie. Ils étaient âgés de quelques mois pour les plus jeunes, jusqu’à une vingtaine d’années. La publicité du programme était que les enfants de La Réunion se devaient de partir dans l’autre hémisphère pour pouvoir faire des études ou remplir les postes de fonctionnaires, mais surtout pour devenir quelqu’un. Le BUMIDOM a aussi pour but de repeupler les campagnes métropolitaines en y envoyant des orphelins. L’avenir nous dira qu’ils n’étaient pas tous orphelins et volontaires. Cette affaire s’est médiatisée sous le nom des « Enfants de la Creuse ». De nombreux destins ont été bouleversés, voir brisés.

Aussi pour prouver que les départements d’outre-mer sont dénigrés par l’état central, La Réunion a fait l’objet d’expérimentation. En effet pour faire face à la croissance démographique, l’état français autorise et promeut à outrance la contraception féminine ainsi que l’avortement. On soulignera que cela a été mis en place bien avant la métropole. Mais surtout que Michel Debré y était favorable à La Réunion alors que c’est un fervent défenseur des idéaux traditionalistes familiaux. Il a même été recensé sur l’île des cas d’opérations bénignes qui s’avéraient être en réalité des avortements forcés. Dans le même temps, pendant que les femmes se faisaient opérer les médecins les stérilisaient sans leur consentement. Voilà des atrocités qui laissent encore des traces et des blessures dans la société réunionnaise.


L’avenir après la France métropolitaine

Cette vision d’une Île de la Réunion dynamique allait mourir d’elle-même, ainsi que le fatalisme des politiciens, a poussé les individus à suivre aveuglément ce programme, quitte à tourner le dos à leurs origines et traditions. Ils étaient manipulés par l’Etat français. Ces générations qui ont dû quitter La Réunion, actuellement parents ou grands-parents, sont d’origines réunionnaises mais ne connaissent en rien l’île Il se trouve alors un double traumatise auprès de ces individus. Blessés par la contrainte d’aller vivre en métropole, mais aussi par le fait qu’ils n’appartiennent au final ni à la métropole, ni à l’île. Ils se sentaient inconnu.e.s et écrasé.e.s par le poids du racisme quand ils sont arrivé.e.s en France métropolitaine, en plus d’être vu comme des traîtres ayant quittés leur île sans connaître leur propre culture quand ils rentraient à La Réunion.

Des voix se sont élevées afin de faire connaître cette histoire, qui est une composante à part entière de notre Histoire. Des procès ont eu lieu, mais les blessures restent là. Aujourd’hui la lumière doit être faite afin de mettre des mots sur ces actes. D’après la convention de l’ONU du 9 Décembre 1948, les actes du BUMIDOM (société étatique) relèvent d’actes génocidaires. C’est précisément le cas où un génocide est « l’intention de détruire, tout ou en partie un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe, ou transférer de manière forcée d’enfants du groupe à un autre groupe ». Naturellement, uniquement les tribunaux français et internationaux se doivent de répondre de ces questions. Cependant le simple fait que l’état français, alors en République, puisse être en présomption d’adéquation avec ces termes constitue déjà une faute grave.

 

La République, aujourd’hui ne peut pas renier ses actes passés et les blessures causées. Néanmoins elle doit s’efforcer de les réparer, de comprendre, de demander pardon. Elle doit faire repentance pour panser ses plaies, pour mieux faire face à l’avenir.

Les informations ont été récoltées lors d’une conférence débat organisée par la Chaire Egalité, Inégalités et Discrimination à l’Université Lyon 2, le 20 Mai 2017, en présence de Françoise Vergès (auteure de Le Ventre des Femmes), Michael Gence (réalisateur du documentaire « Rassine Monmon, Papa) et Jean-Charles Pitou (Président de l’association Génération Brisée)