Auchan : "Et vous la vie, vous l'aimez comment ?" - Le Lumière

Auchan : « Et vous la vie, vous l’aimez comment ? »


L’enseigne familiale veut attirer une clientèle jeune et pour cela elle ne lésine pas sur les moyens ; nouveau slogan, nouveau logo et publicité à outrance. Les conditions de travail par contre, c’est le retour à l’âge de pierre. Les faits se déroulent au Auchan City de Tourcoing, dans le Nord. Un Auchan au cœur des débats médiatiques. Et pour cause, Fadila, 23 ans, a fait une fausse couche sur son lieu de travail.

Le 2 novembre, Fadila intègre l’entreprise en contrat de professionnalisation pour six mois comme hôtesse de caisse. Au bout de quelques jours, elle apprend qu’elle est enceinte de deux mois mais sa manager ne veut pas en entendre parler. Pour continuer à travailler, elle demande un aménagement de son planning, une demande qui restera sans réponse. De retour à son poste après quelques jours d’arrêt de travail, les conditions de travail se détériorent. Planning chargé, pas d’autorisation pour se rendre aux toilettes, « Il n’y avait aucune empathie de leur part » explique t-elle.

Le 22 novembre, tout s’accélère. « J’ai des douleurs incroyables c’est comme si on me coupait le ventre avec un couteau » Elle demande un doliprane, qui n’est jamais venu. Les clients s’inquiètent de son état de santé tandis que les responsables ignorent ses demandes. « À un certain moment, je n’en pouvais plus et me suis levée de mon fauteuil, j’y ai vu du sang dessus ». À 20 heures, Fadila est contrainte de fermer son poste de travail. Par miracle, les responsables apparaissent pour en connaître la raison. Fadila fait une hémorragie, le responsable de la sécurité de la galerie marchande appelle les pompiers. « Et non Auchan City » indique t-elle. « Ils m’ont demandé si j’avais pu aller aux toilettes je leur ai répondu que j’en avais été empêchée. » Lorsqu’elle s’y rend, la sentence tombe, le pompier lui annonce qu’elle a perdu son bébé. Malgré son traumatisme et suite à son hospitalisation, sa responsable lui demande même un justificatif.

Après avoir médiatisé l’affaire, la CGT a rendu publique la lettre de Fadila à sa direction : https://twitter.com/CGTPublicis/status/812633770348187648?ref_src=twsrc%5Etfw

Fadila va porter plainte, soutenue par l’union locale de la CGT. Fadila a reçu en tout et pour tout la somme de 350 euros de salaire, une somme qui n’est pas à la hauteur du préjudice subi. À ce jour, la situation est toujours bloquée entre les deux camps : Fadila réclame la régularisation de sa situation afin de toucher ses indemnités tandis que Auchan affirme que le nécessaire a été fait auprès de la Caisse primaire d’assurance maladie.

« Où est l’humanité ? » questionne la CGT via un communiqué :  http://twitter.com/CGTPublicis/status/812631068662697984/photo/1

Ce n’est pas une première pour ce Auchan City où une caissière a été licenciée cet été pour un écart de 85 centimes comme l’avait mis en lumière cette même CGT, puis réintégrée par la suite.
Auchan, de son côté, nie certains faits et se dit « extrêmement attristé par l’épreuve rencontrée par l’hôtesse de caisse de son magasin de Tourcoing » mais assure qu’ « elle n’a jamais exprimé de besoin d’aménagement d’emploi du temps et aucune pause ne lui a été refusée pendant la journée ». Une enquête a été ouverte pour « non-assistance à personne en danger » et « mise en danger de la vie d’autrui » après la plainte déposée par son avocat, Maître Ionnis Kapopoulos. Le Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) assure qu’aucune faute n’a été commise par le magasin.

Lettre réponse de Auchan City

 

La CGT a interpellé le gouvernement afin d’avertir sur le danger de telles conditions de travail et réclame une meilleure protection des femmes enceintes ; « au XXIe siècle, les femmes ne devraient pas mettre leur grossesse en danger à cause de leurs conditions de travail. »

Communiqué de la CGT sur la réponse de la ministre quant aux fausses couches au travail

 

Le témoignage de Fadila réalisé par Radio Campus Lille à retrouver ici :