"Anticapitaliste !" : Retour sur le meeting de Philippe Poutou - Le Lumière

« Anticapitaliste ! » : Retour sur le meeting de Philippe Poutou


Le mardi 11 avril, dans la petite salle Joliot-Curie de Vénissieux, se tenait le meeting du candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), Philippe Poutou. Retour sur une soirée où « lutte » et « capitalisme » étaient les maîtres mots.

 

C’est dans une salle municipale et conviviale que ce sont rassemblés militants et curieux pour assister, dès 20h au meeting de Philippe Poutou. Fort du buzz médiatique suscité par le grand débat du 4 avril, qui réunissait pour la première fois les 11 candidats de l’élection présidentielle, il s’exprimait ce soir devant 500 personnes. C’est beaucoup plus que d’ordinaire pour le NPA, parti d’extrême gauche créé en 2009 et comptant moins de 2000 adhérents en 2016. Nul besoin de se procurer un billet ou d’attendre des heures avant d’entrer dans la salle, aux allures de salle des fêtes.

             

 

 

 

Tout le monde rejoint une place assise, dans le calme et 6 personnes rejoignent la scène – seul Philippe Poutou est un visage connu. Vient alors le temps des premiers applaudissements et des chants anticapitalistes qui rythmeront le meeting :  » Ahou, Ahou, anticapitaliste ! ».

 

 

La première personne à prendre la parole est une militante du NPA et explique que la politique doit être une lutte. Le NPA est contre « ultra personnification » de la politique, c’est pourquoi ils sont plusieurs à prendre la parole tour à tour. Tout d’abord, un bénévole de l’association syndicale Médialys, qui lutte pour les conditions de travail des agents de l’entreprise TCL. Puis ce sera au tour d’une assistante d’éducation au lycée Doisneau de Vaulx-en-Velin, qui insiste sur le fait que les conditions d’apprentissage dans cet établissement classé en Zone d’Education Prioritaire ne sont pas décentes. Une féministe décrit sa lutte pour la liberté du port du voile et de tout autre vêtement. Dans le public, quelques militants chantent alors : « Trop couvertes ou pas assez, c’est aux femmes de décider ! ». Quatrième personne à prendre la parole, une élue écologiste de la mairie de Vénissieux souhaite la fermeture de la centrale nucléaire du Bugey, située à 35km de Lyon. Pour elle, la question écologique va de paire avec les avancées sociales et, forcément, avec l’anticapitalisme qu’elle défend : « Pour une réelle écologie, il faut rompre avec le capitalisme ! ». Enfin, intervient un membre de l’Association Culturelle Mésopotamie de Lyon, qui lutte, entre autre, contre la torture dans les prisons turques.

Après s’être exprimés sur une cause pour laquelle ils luttent, ces personnes laissent la parole à Philippe Poutou, qui se lève sous les applaudissements.

Pour nous saluer, pas de « Chers compatriotes » ni de « Mesdames et Messieurs » mais un simple « Salut à toutes et à tous ! ». Le ton est donné. Ce sera un discours d’une heure, franc et engagé.

 

« J’ai dit ce que je pensais ! »

Tout d’abord, Philippe Poutou aborde le grand débat du 4 avril et se réjouit que sa nouvelle visibilité médiatique lui ait permis de mieux faire entendre la voix du NPA. Pour lui, c’est une soirée marquante, qui a changé la donne. Il revient ensuite sur les critiques, les commentaires méprisants qu’il a reçu des présentateurs notamment : « Mon tee-shirt n’a pas plu à tout le monde, j’ai raté la photo de famille en plus… alors là ! J’ai pas dit « Monsieur ou Madame » en m’adressant à Le Pen ou Fillon, mais j’ai dit ce que je pensais ! » Les applaudissements fusent et certains le remercient d’avoir dit tout haut ce qu’ils pensaient tout bas. Philippe Poutou veut montrer qu’il y a un mépris social de la part des « possédants » comme les politiciens ou les journalistes, qu’ils sont complètement déconnectés du milieu ouvrier. D’ailleurs, il se rappelle la formule de « l’immunité ouvrière » qui l’a rendu célèbre sur les réseaux sociaux : « J’ai voulu exprimer notre colère, notre dignité, notre contestation, j’ai voulu dire « Merde ! » à ces gens qui trichent, qui volent notre argent ! ».

Sans transition, il aborde les premiers sujets de son programme.

« Il faut préparer l’affrontement ! »

Philippe Poutou commence par donner des chiffres clés, qui surprennent et poussent à la réflexion : « Les riches entreprises comptabilisent 75 milliards d’euros, dont 45 milliards d’euros qui sont reversés aux actionnaires. C’est honteux ! ». Utilisant l’ironie à toutes les sauces, le candidat aux élections présidentielles étonne et suscite les rires de l’assemblée. Philippe Poutou critique le capitalisme, la bourgeoisie, la finance et le système bancaire qu’il juge responsables et « organisateurs de la triche, de la richesse illégale et des paradis fiscaux ».

« Aucun ne nous représentera dignement »

C’est sur ces mots qu’il analyse et blâme chaque candidat aux élections : François Fillon et la bourgeoisie qu’il représentait, Emmanuel Macron et la finance dont il appartient « corps et âme », le Front National représenté par Marine Le Pen qui « prépare une guerre civile de la bourgeoisie contre la classe ouvrière »,  Benoît Hamon et son modèle de social-démocratie et Jean-Luc Mélenchon et son « chauvinisme en bandoulière ». Il n’oublie pas d’incriminer François Hollande et son gouvernement dont il estime le bilan très lourd. Il appelle enfin à une lutte, à un affrontement sans faille « pour en finir avec ces élections qui n’offrent aucune perspective pour la classe ouvrière ».

Sans aborder plus en détails son programme sur des sujets comme la culture, l’environnement, le travail ou le contexte international, Philippe Poutou déclare pour conclure son discours, « vive les ouvriers ! ».

 

 

 

Quelques journalistes de l’AFP, BFMTV ou C dans l’air questionnent les militants, jeunes étudiants pour la grande majorité. La salle se vidant peu à peu, nous en profitons pour recueillir quelques témoignages.

Marine, étudiante de 19 ans, nous répond : « Bonsoir mademoiselle, quelle est la raison principale de votre venue ce soir ?

– Je viens ici par curiosité, parce que c’est la première fois que je vote et que c’est à côté de chez moi. Mais sinon, non, je ne connaissais pas Philippe Poutou avant le grand débat.

– Quelles sont les raisons pour lesquelles vous pourriez voter pour M. Poutou ?

– C’est un candidat comme tout le monde, il se prend pas la tête, il fait pas de chichis. En plus, il est anticapitaliste donc ça correspond bien à ce que je cherche.

– Justement, que cherchez-vous aujourd’hui chez un politicien, et chez un candidat à l’élection présidentielle ?

– D’abord qu’il mente pas, qu’il nous écoute… et puis… euh, qu’il soit proche de nous, de nos préoccupations. »

 

Nous interrogeons aussi un adhérent au NPA, Laurent : « Bonsoir ! Pourquoi avoir rejoint le parti du NPA ?

– Parce que je suis anticapitaliste, que je bosse dur et que le NPA répond bien à mes questions, à ce que je pense.

– Le grand débat du 4 avril a mis en lumière Philippe Poutou, aujourd’hui connu pour ses protestations envers Marine Le Pen ou François Fillon. Pensez-vous que ce buzz soit positif pour le mouvement ?

– Bien sûr ! Avant Poutou, il n’apparaissait jamais. Avec le débat, il a un peu le vent en poupe donc on va pas se plaindre. Pour une fois, qu’il a la lumière sur lui. »

 

Enfin, deux étudiantes en psychologie ayant des autocollants du mouvement de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon ont aussi témoigné :  « Bonsoir, je vois que vous avez des autocollants d’un autre parti, pourquoi êtes vous présentes ici ?

– On s’intéresse à la politique, donc on voulait voir un meeting et comme il [Philippe Poutou] s’est bien « démerdé » au débat, nous sommes venues.

– L’environnement dans lequel vous vivez, par exemple votre université dans laquelle vous étudiez ou même votre cercle familial, favorise t-il votre adhésion à des partis de gauche ?

– C’est sûr ! On voulait venir quand même avant le grand débat, pour voir ce qu’il proposait puis on a reçu des tracts à la fac [campus de l’Université Lumière Lyon 2 à Bron], ça nous a intéressé. Mais c’est sûr que notre entourage favorise le fait qu’on soit là, je connais personne de droite chez moi (rires).

– Mais alors, qu’est ce qu’a Philippe Poutou que Jean-Luc Mélenchon n’aurait pas ?

– Euh… Philippe Poutou il est encore plus proche du peuple, des gens. Il parle avec moins d’expressions, de poésie… ça parle à plus grand monde. Mais faut pas se leurrer, on sait qu’il ne sera pas élu ! »

 

Article et photos par Marina Perez.