Alexandre Bissonnette, terroriste ou tueur isolé ? - Le Lumière

Alexandre Bissonnette, terroriste ou tueur isolé ?


Les drapeaux sont en berne ce 30 Janvier 2017 à Québec. La veille, il est 19 h 45 lorsqu’un homme fait irruption dans un mosquée de Québec et ouvre le feu sur des fidèles réunis pour prier. Six personnes tombent sous ses balles, huit autres sont blessées. Soudain pris de repenti après son acte, Alexandre Bissonnette s’est ensuite rendu, de lui-même, à la police.

De nombreux portraits ont fleuri dans les médias sur ce jeune homme de 27 ans, étudiant en sciences politiques. Il est présenté comme un jeune homme introverti, timide et influençable : « un loup solitaire ». Un jeune homme discret mais fervent admirateur de Donald Trump ou de Marine Le Pen, et dont les discours portaient à confusion. Des propos xénophobes qu’il n’hésitait pas à revendiquer sur les réseaux sociaux. Ce « nerd introverti impopulaire » comme il est souvent décrit, à pourtant semé la terreur au sein d’une communauté.

Image issue du dessin animé "Family Guy", avec le personnage de Peter Griffin, dans sa voiture, pendant quela main d'un personnage tient une carte sur laquelle il y a différentes couleurs de peaux. En haut, à coté des couleurs de peau blanche, est écrit "trouble mental". Cette partie est séparée par une ligne rouge des couleurs plus sombres, allant du marron clair au noir. A côté des couleurs de peau sombre est écrit "terroriste".

Alexandre Bissonnette, un tueur isolé ou un terroriste ?

La loi française est très claire à ce sujet. En effet, selon l’article 421-1 du Code Pénal : « Constituent des actes de terrorisme, lorsqu’elles sont intentionnellement en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur, les infractions suivantes :
1. Les atteintes volontaires à la vie, les atteintes volontaires à l’intégrité de la personne, l’enlèvement et la séquestration ainsi que le détournement d’aéronef, de navire ou de tout autre moyen de transport. (…)
2. Les infractions en matière d’armes, de produits explosifs et de matières nucléaires. (…)
Selon la loi, Alexandre Bissonnette est bel et bien un loup solitaire et terroriste. Le terrorisme n’a pas frontières ou de confession. Ainsi, par définition le terrorisme est un ensemble d’actes de violence commis par une organisation ou un individu pour créer un climat d’insécurité, pour exercer un chantage sur un gouvernement, pour satisfaire une haine à l’égard d’une communauté, d’un pays, d’un système. Le terrorisme ne représente donc aucunes communautés, ce sont des actes à contresens de ce qu’elles peuvent représenter.
Mais ce sont des amalgames qui seraient encrés dans les consciences depuis les attentats du 11 septembre 2001 où « terrorisme et islamisme n’ ont fait plus qu’un (…) On risque de voir apparaître des actes terroristes non liés à un engagement politique, à une revendication, mais sur la base du simple racisme, du rejet d’une communauté autre. » (http://www.atlantico.fr/decryptage/tueur-isole-ou-massacre-terroriste-charleston-qui-se-cache-derriere-mots-qu-on-emploie-daphne-pugliesi-2203467.html)
Ici, il s’agit « d’un attentat terroriste dirigé contre des musulmans » comme l’a précisé Justin Trudeau, Premier ministre canadien.
Le terrorisme ne représente aucunes communautés, que ce soit musulmanes, chrétiennes ou juives par exemple. Mais il peut plutôt se manifester sous forme d’intégrisme, religieux ou encore politique. Par définition, l’intégrisme est une attitude et disposition d’esprit de certains croyants qui, au nom du respect intransigeant de la tradition, se refusent à toute évolution ou un conservatisme intransigeant en matière de doctrine politique.

Différents titres des sites de BFMTV, L'express, LCI et Libération, chacun utilisant le mot "fusillade" dans son titre pour qualifier l'attentat ayant eu lieu au québec.Entre fusillade et attentat

Pourtant, cet attentat a été qualifié de fusillade par certains médias. Par définition une fusillade est un échange de coups de feu ou une décharge simultanée de plusieurs fusils. Or, il n’y a eu aucun « échange » puisque Alexandre Bissonnette s’en est pris à des fidèles en train de prier. Il a agi seul et serait passé à l’acte avec un pistolet étant donné qu’une de ses armes se serait enrayée.
Ce dernier a été inculpé pour meurtres avec préméditation et tentatives de meurtre, onze chefs d’accusations ont été retenu contre lui. Il pourrait être accusé « d’acte terroriste » et « d’atteinte à la sécurité nationale ».

Dessin titré "Comprendre les médias... (et la politique)". Le dessin est divisé en quatre partie avec quatre personnage. Le premier montre un homme métissé, barbu avec un turban et tenant une arme, avec titre : Tireur musulman = responsabilité collective". Le secon, un homme noir, avec une casquette à l'envers et une arme, avec la légende "tireur noir ) problème des banlieues". Le troisième montre un policier tenant une arme, avec la légende "Tireur en uniforme = bavure policière (dommage collatéral, manque d'effectif, stress au travail...)", la quatrième montre un homme blanc, sans cheveux, avec des lunettes et un pistolet, la légende est "tireur blanc = cas isolé (Déséquilibré mental, Déception sentimentale, problème de parking...).

Julien Suaudeau : « Des loosers sans frontières »

Selon l’écrivain Julien Suaudeau, « faire la différence entre tuerie de masse et terrorisme est absurde. »
« Il n’y a pas un stéréotype de djihadistes, comme on se l’est longtemps raconté parce que c’était plus commode de penser qu’ils venaient de l’étranger, motivés par une vision radicale de l’islam qui n’avait rien à voir avec les conditions de vie, socio-économiques et politiques. On se rend compte maintenant que c’est ça, et pas ça, que des gens viennent effectivement de l’étranger, mais qu’en réalité, ce sont surtout des petits Français comme vous et moi. Et peu importe leurs croyances, leurs religions. La religiosité est toujours mise en avant par l’État Islamique, mais l’attrait, la séduction vénéneuse de Daech sur les jeunes qui se laissent tenter n’est pas de nature religieuse, c’est la séduction de la juste cause, de l’idéal et qui donne du sens à une vie de * ». (http://www.ledauphine.com/france-monde/2015/11/20/julien-suaudeau-si-les-terroristes-lisaient-des-livres-ils-ne-seraient-pas-terroristes)

Ce sont aussi des individus généralement influencés par des idées extrêmes. Pour le cas d’Alexandre Bissonnette, l’extrême droite a alimenté ses idéaux : fasciné par Donald Trump et Marine Le Pen, antiféministe, antimusulman et pro-Israël, il tenait des propos xénophobes sur les réseaux sociaux. Des propos affichés et assumés par les partis d’extrême droite, et que les médias diffusent. Mais à la suite de l’attentat à Québec, il n’y a eu aucune réaction des principaux intéressés même s’ils ont une part de responsabilité car ils ont nourri et entretenu les positions d’Alexandre Bissonnette.
« Alexandre Bissonnette est aussi une victime, il n’est pas sorti du vide. On lui a mis dans la tête des idées plus dangereuses que des balles » à insisté l’iman Hassan Guillet.

L'image est un tweet de Adrien Ménielle disant "La presse quand le terroriste est blanc" et montrant l'image d'un album de T'choupi : "T'choupi fait des bêtises".

Enfin, avec respect et honneur, le député québécois Joël Lightbound a demandé pardon à la communauté musulmane, sous les applaudissements.
« Maintenant, j’espère sincèrement que vous trouverez la force dans vos cœurs de faire ce que tant vous ont refusé, et de voir à travers la noirceur qui plane sur notre société, la lumière qui y reste. »