Affaire Théo : Bavure policière, immunité policière ? - Le Lumière

Affaire Théo : Bavure policière, immunité policière ?


Zyed et Bouna, Adama Traoré ou encore Théo, des noms qui sont sur toutes les lèvres, des noms qui ravivent la douleur et appellent au rassemblement. Mais une liste de victimes qui ne cesse de s’allonger. Ce Jeudi 02 février 2017, un contrôle d’identité tourne au calvaire pour Théodore Luhaka, jeune éducateur d’Aulnay-Sous-Bois. Les auteurs ? Quatre policiers de la Brigade spécialisée de terrain (BST). Victime d’une violente interpellation, Théo à été grièvement blessé par une matraque au niveau de la zone rectale, entrainant 60 jours d’incapacité totale de travail.

Tout commence lorsque Théo rencontre un groupe de jeunes qu’il connait bien, des jeunes de la cité des 3000, des jeunes avec qui il a grandi. Au moment où celui-ci les salue, le groupe se retrouve encerclé par les policiers. Au départ un simple contrôle d’identité, les choses s’enveniment et l’atmosphère se tend. Vers 17h, tout s’accélère.

Deux récits s’opposent.

Les policiers accusent le groupe d’avoir alerté par des cris les dealers de leur arrivée. Des cris qui justifieraient qu’un jeune du groupe ait reçu une gifle par l’un des policiers. Théo, voulant défendre son camarade est à son tour victime de coups. L’avocat d’un des policiers affirme que cela n’était qu’une réponse à la brutalité de Théo, qui défiait les forces de l’ordre. Le groupe s’échappe, Théo se retrouve seul face aux quatre policiers. Plus aucun échappatoire n’est possible, Théo affirme s’être débattu afin d’être dans le champ de vision d’une caméra, conscient de la gravité de la situation et que ce serait sa parole contre celle des policiers.

Tout dérape. Théo montre « des actes hostiles » selon les policiers qui auraient eu des difficultés à le maîtriser. Les coups s’enchainent.
C’est alors que « les policiers ont baissé mon pantalon et m’ont enfoncé une matraque dans les fesses » affirme Théo. « J’avais l’impression d’être parti. » Un acte intentionnel pour Théo tandis que selon le policier mis en cause, il s’agit d’un « accident ». L’objectif était de faire fléchir Théo mais « jamais je n’aurai porté un tel coup intentionnellement » explique t-il. Son avocat affirme que le policier a « frappé volontairement mais rien ne permet d’imaginer qu’il l’a fait pour violer.  » En quelque mots, il aurait frappé délibérément mais atteint une zone qu’il ne voulait pas.

Embarqué pour être placé en garde à vue, Théo aurait été victime d’insultes et d’injures racistes. L’avocat des policiers défend qu’il n’y a eu « aucunes injures racistes » et les policiers n’ont pas « remarqué la gravité des blessures »
Arrivé au poste et remarquant l’état de Théo, un autre policier appelle le SAMU. Il sera emmené d’urgence à l’hôpital. Les médecins constatent une « plaie longitudinale sur près de 10 cm de profondeur du canal anal et du bas rectum. »

Trois policiers ont été mis en examen pour « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique, avec arme et en réunion suivies d’incapacité de travail supérieure à 8 jours ». Le quatrième policier à été mis en examen pour viol.

Dans l’attente d’un jugement et des précisions de l’enquête, L’IGPN, la police des polices, privilégie également la thèse de l’accident. Les journalistes d’Envoyé Spécial ont eu accès aux rapports de l’enquête qui montrent que « le policier fait un mouvement horizontal avec son bras droit porteur de sa matraque en direction et à hauteur du bas du dos de TL » puis, « une marque sombre vraisemblablement de forme arrondie au niveau du bas des fesses, qui peut correspondre à une matraque au niveau de la fesse gauche de TL. »

Or, le viol dit « accidentel » n’existe pas. « L’intromission d’un objet dans un anus, c’est un viol » affirme l’avocat de Théo, Eric Dupont-Moretti. En effet, selon l’article 222-23 du Code pénal, « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol. »

https://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000006417678&cidTexte=LEGITEXT000006070719

De nombreux rassemblements ont eu lieu en soutien à Théo, ce n’est plus seulement un combat pour la justice, mais un combat pour la dignité.

Au même moment, l’Assemblée nationale a voté en première lecture une nouvelle reforme du droit d’usage des armes de la police. Déjà au cœur des débats en décembre 2016. Un projet de loi adopté par le Sénat le 24 janvier dernier. Plus précisément en « renforçant la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement, et améliorant l’efficacité et les garanties de la procédure pénale. » Les policiers auront ainsi la garantie d’une présomption de légitime défense avec des conditions d’armement qui évoluent. Par exemple, les policiers pourront désormais utiliser leurs armes « après sommations ». Les policiers municipaux auront l’autorisation de porter un arme mais également de procéder à des palpations dans des situations précises.

Enfin, concernant le récépissé de contrôle d’identité qui mettrait fin au contrôle au faciès, le ministre de l’intérieur Bruno Le Roux a affirmé qu’il s’agit d’une mesure difficile à mettre en place et qui obligerait la création d’un fichier des personnes contrôlées. Il a tout de même annoncé le déploiement de 2600 caméras mobiles pour les forces de l’ordre. Affaire à suivre.