Adhan Ban, comme un goût de déjà vu - Le Lumière

Adhan Ban, comme un goût de déjà vu


Adhan Ban, ou interdiction de l’appel à la prière. Réunion au sommet à la Knesset. C’est le 8 mars dernier que se sont rassemblés l’ensemble des députés siégeant au Parlement monocaméral de l’Etat d’Israël, à Jérusalem pour discuter de l’éventuelle limitation des appels à la prière. Et ce n’est que la suite d’un interminable jeu de la patate chaude que ne cessent de se renvoyer les ministres et autres députés du pays. 

Tout est parti d’une proposition du parti sioniste d’extrême-droite israélienne (en proie au nationalisme et hostile à la reconnaissance de l’Etat de Palestine) visant à interdire les émissions sonores des mosquées pour ne pas perturber la tranquillité des riverains. Elle fut rejetée par le ministre juif de la santé, ultra-orthodoxe, Yaacov Litzman selon lequel une telle loi entraînerait un possible énième conflit entre les communautés juive et musulmane. Ne pas rajouter de l’huile sur le feu, voilà sa manière de penser. En effet, le texte, en réflexion, pourrait annexer une partie visant à bannir également les sirènes annonçant le début du Shabbat (repos hebdomadaire dans la religion juive, commençant dès le vendredi soir et durant toute la journée du samedi) pour éviter ce système de deux poids/deux mesures si lourdement attaqué, et à juste titre, par la minorité musulmane d’Israël.

C’est donc le jour de la journée internationale des droits des femmes que la Knesset a déclaré ouverte l’importante séance au cours de laquelle s’est finalement votée une approbation de principe. A 55 voix contre 48, les députés exigeaient la limitation des appels du haut des minarets. Leurs opposants, eux, souhaitaient une révision du texte voire son retrait définitif. La porte est donc désormais ouverte à un éventuel vote de cette idée de loi, loi qui serait rejetée par la majorité du Parlement. Dans le détail, ce projet exigerait selon un premier texte le retrait des appels à la prière émis entre 23h et 5h du matin par le moyen de hauts-parleurs. Le parti du Premier Ministre israélien Benyamine Netanyahu désirerait ensuite, dans un second texte soutenu par le parti nationaliste laïc « Israël Beitenou », retirer l’accès à ce genre de matériel pour permettre une réduction du volume sonore, intempestif selon lui. Cela s’appliquerait quelle que soit l’heure, au sein des quartiers résidentiels du pays et plus généralement en zones urbaines (à moins de s’exposer à une amende de 10 000 shekels (environ 2 600€)). Par conséquent, c’est la première prière du matin (le Sobh, signifiant l’aube en arabe) qui en pâtirait puisque arrivant vers les coups de 4h40, et cela perturberait les allées quotidiennes aux lieux de culte. Selon Tzipi Livni, ancienne ministre des Affaires étrangères et chef de file de l’Union sioniste de centre-gauche, une telle mesure remettrait en cause la liberté religieuse de la minorité musulmane en Israël (représentant 17,5% de la population).

Ahmed Al-Tibi, député d’origine arabe à la Knesset, parle d’un « acte raciste et islamophobe » qui rappelle les dures heures de la cohabitation israélo-palestinienne de ces dernières années. La tolérance, voilà selon lui la véritable mesure à mettre en place d’urgence. Et c’est dans cette optique qu’Al-Tibi condamne fermement ce projet, autrement appelé Adhan ban (interdiction de l’appel à la prière) sur les réseaux sociaux, comme le montre cette vidéo:

Source: Youtube

300 Palestiniens et Arabes israéliens ont manifesté à Kabul, avec la Ligue arabe comme chef de file, dénonçant une « dangereuse provocation » de l’extrême-droite. Sur certaines pancartes on pouvait lire « Ne faites pas taire les muezzins » (personnes chargées de lancer l’appel à la prière) en signe de contestation d’un texte visant officiellement les trois religions monothéistes mais qui, à l’application, ne concernerait que les mosquées.

Manifestation contre le projet de loi visant à limiter voire interdire l’appel à la prière émis dans les mosquées. Source: Reuters.

Source: Youtube.

Le député arabe israélien Abou Ourar a même symboliquement lancé l’appel à la prière du haut de la tribune du Parlement. Rappelons que chrétiens, juifs et musulmans cohabitaient en harmonie depuis des millénaires sur les terres palestiniennes et juives avant qu’un acte toléré par le passé ne devienne tout à coup un trouble à l’ordre public.