Festival du film italien de Villerupt : 3 films à voir - Le Lumière

3 Films italiens de l’année 2018 à voir


Le Lumière s’est rendu, de la fin d’octobre au début de novembre, à l’un des festivals du film Italien les plus importants de France, celui de Villerupt. Nous y avons découvert quelques films.

Affiche du festival par Allessandra Carloni

Le Festival du film Italien de Villerupt

C’est en 1976 que nait le Festival du Film Italien de Villerupt. C’est une ancienne grande ville de la sidérurgie lorraine qui a accueilli de très nombreux immigrés italiens venus travailler dans les mines et usines aujourd’hui disparues.

Il prend peu à peu corps dans le cadre de la Maison des jeunes et de la culture, où se réunit un groupe de passionnés de cinéma pour organiser des week-ends thématiques. En 1976, l’essor du cinéma Italien et son assez large diffusion en France les incitent à présenter, du 9 au 14 novembre 1976, une douzaine de films en distribution ou en avant-première, toutes en version originale avec sous-titres. Le succès de l’opération (plus de 3500 spectateurs) conduit les organisateurs à reproduire une programmation similaire l’année suivante. D’édition en édition, ce succès va grandissant : on compte 30 000 entrées en 1983.

L’organisation se met donc en place, menée uniquement pas des bénévoles dont le nombre peut atteindre la centaine en période de festival. La durée du festival est portée à deux semaines pour englober les ponts de la Toussaint et du 11 novembre. On remarque une évolution du public : d’abord local et composé de nombreux Italiens ou descendants d’Italiens, il s’est élargi progressivement à l’ensemble des régions de Sarre, Lorraine, et du Luxembourg. Sans doute le nombre croissant de spectateurs cinéphiles se trouve attiré par des films peu accessibles d’autre part en France et au Luxembourg.

Le festival s’arrête en 1983 à cause de la crise du cinéma que connait à l’époque l’Italie mais aussi de la crise industrielle qui nait en Lorraine, entrainant la cessation des activités traditionnelles et nourricières de la région. En 1986, le festival repart avec la création d’un nouveau groupe de bénévoles. Dès le début des années 1990, plus de 30 000 spectateurs reviennent assister aux éditions. On retrouve dans les programmations des films de Tornatore, Verdone, Salvatores, Moretti, Mazzacurati, Nichetti, Luchetti, Benigni . En 1998, le festival est professionnalisé et modernisé, se coupant de la Maison des jeunes et de la culture, mais fonctionnant toujours grâce aux nombreux bénévoles. Le schéma culturel est alors défini dans sa forme actuelle et l’on retrouve une sélection de plus de 60 films, notamment accompagnés d’une section thématique (cette année les films de la région Emilia-Romagna) et d’une rétrospective (cette année celle de Fellini).

On peut citer quelques personnalités cinématographiques invitées au cours des différentes éditions : Mario Brenta, Luigi Comencini, Ettore Scola, Francesco Rosi, Florestano Vancini, Franco Nero, Paolo Taviani, Nanni Moretti, Franco Brusati, Ugo Tognazzi, Lina Wertmüller, Luigi Magni…

Le but du Festival est donc de présenter fidèlement l’âme du cinéma italien, sans censure, en rendant accessible au public des thématiques, auteurs et comédiens ignorés des cinémas français.

En pratique

Accessible à tous, le festival propose des places à des tarifs que nous pouvons qualifier de raisonnable, avec notamment des tarifs réduits pour les étudiants (5 euros au lieu de 7) et un pass d’accès illimité à 80 euros.

 

Cette année, nous avons vu et nous vous conseillons

 

  • L’Ospite de Duccio Chiarini avec Daniele Parisi, Silvia d’Amico, Thony, Anna Bellato…

Guido, doux quadragénaire amoureux de Chiara, voit son couple entrer en plein doute. Pour laisser à Chiara un espace de réflexion, il quitte leur appartement et va occuper successivement les canapés de ses parents et amis. Il assiste ainsi aux divers conflits intimes des couples de son entourage.

Cette comédie sentimentale nous présente drôlement et avec douceur la crise de la quarantaine sous différentes formes. Guido comprend sans doute que rien n’est acquis, que toute tranquillité et zone de confort peut être menacée. Un peu enfants, un peu perdus comme lui, nous, spectateurs, nous baladons d’espaces en espaces, de couples en couples et assistons à ces micro-histoires d’amour. La gentillesse du protagoniste est rassurante, touchante, sa douceur garde le film dans un cocon : l’acteur y parvient bien.

En somme, un film plaisant et paisible, accessible à tous ; bien pour se reposer et ne pas voir la vie en noir même si Guido ne traverse pas une période facile ; bien pour sourire et rire.

Photogramme de l’Ospite de Duccio Chiarini.

 

  • Dogman de Matteo Garrone avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Nunzia Schianog

Marcello est toiletteur de chien dans le Sud de l’Italie. Avec ses camarades commerçants, il subit le joug du caïd du quartier, Simoncino, ancien boxeur accro à la drogue tout juste sorti de prison. Celui-ci le traîne d’un méfait à l’autre. Jusqu’où la domination ira-t-elle ?

On se retrouve peu à peu happé par l’étroitesse des plans qui enferment Marcello, et par ce bord de mer désertique, d’un artificiel trop désaffecté. Tout est trop sombre, trop dégradé, le seul espoir semble se trouver dans la relation que Marcello entretient avec sa fille. Elle est, d’ailleurs, le seul personnage qui centralise les uniques belles lumières des plans. Elle est littéralement son rayon de soleil.

Marcello Fonte a reçu cette année à Cannes le prix d’interprétation masculin pour ce rôle. Son jeu est complexe, son personnage qu’on a parfois du mal à cerner se trouve perdu et écrasé dans la boucle infinie de la violence toujours trop présente en Italie, que Matteo Garrone dénonce.

Un film à réserver à un public mature qui veut se plonger dans une œuvre sombre, oppressante, à un public qui veut être retourné pendant une heure et quarante-trois minutes.

Photogramme de Dogman de Matteo Garrone.

 

  • Loro de Paolo Sorrentino avec Toni Servillo, Elena Sofia Ricci, Riccardo Scamarcio, Kasia Smutniak…

Après s’être emparé du portrait de Giulio Andreotti (cf. Il Divo), Paolo Sorrentino s’attelle désormais à celui de Silvio Berlusconi. A 70 ans, au début du film, celui-ci décide de revenir sur la scène politique italienne pour devenir de nouveau Président du conseil d’Italie. Sergio Morra, opportuniste de Taranto, décide de tenter d’entrer dans la Cour qui entoure Berlusconi et qui l’idolâtre sans trêve, pour grappiller des miettes de pouvoir et de richesse. Il réunit alors un groupe de veline (en français traduit par « bimbos ») pour attirer son attention.

Un film à voir (pour un public mature) parce qu’il est succulent, parce qu’on y retrouve cette touche de Sorrentino, ce mélange d’ironie et de grotesque qu’on déguste comme une bonne pâtisserie. On aime y retrouver Toni Servillo, on aime même quand il joue les deux côtés d’un face à face. Pour essayer de comprendre un peu mieux cette absurde mythification d’un homme, le film a son intérêt.

Photogramme de Loro de Paolo Sorrentino.

 

———————————————————————————————–

Cette année, la 41e édition du festival avait sélectionné :

En compétition :

  • Euforia de Valeria Golino
  • Troppa Grazia de Gianni Zanasi
  • Made in Italy de Luciano Ligabue
  • Fiore gemello de Laura Luchetti
  • L’Ospite de Duccio Chiarini (titre pour la France: L’invité)
  • Capri-revolution de Mario Martone
  • Hotel Gagarin de Simone Spada
  • Il ragazzo più felice del mondo de Gipi
  • Il vizio della speranza de Edoardo De Angelis
  • Io c’è de Alessandro Aronadio
  • L’uomo che comprò la luna de Paolo Zucca
  • Il bene mio de Pippo Mezzapesa
  • Saremo giovani e bellissimi de Letizia Lamartire
  • La terra dell’abbastanza de Damiano et Fabio d’Innocenzo (titre pour la France: Frère de sang)
  • Mamma + Mamma di Karole Di Tommaso
  • Resina de Renzo Carbonera
  • Ricordi? de Valerio Mieli
  • Sono tornato de Luca Miniero
  • Un giorno all’improviso de Ciro D’Emilio
  • The Place de Paolo Genovese (titre pour la France : Café Roma)

Quelques films hors-compétition :

  • Call me by your name de Luca Guadagnino
  • Loro de Paolo Sorrentino (titre pour la France : Silvio et les autres)
  • La strada dei Samouni de Stefano Savona (titre pour la France: Samouni Road)
  • Dogman de Matteo Garrone
  • Lazzaro Felice de Alice Rohrwacher (titre pour la France : Heureux comme Lazzaro)
  • Figlia mia de Lauro Bispuri (titre pour la France: Ma fille)
  • A casa tutti bene de Gabriele Muccino (titre pour la France: Une famille italienne)

Parallèlement, le festival proposait une première rétrospective sur le cinéma de Fellini et une autre sur celui de la région Emilia-Romagna.

——————————–

Le site du festival: http://www.festival-villerupt.com/index.php?id%3D56